Ludovic Tanquerel, docteur vétérinaire, Dipl. ECEIM, DACVIM-LA, Maître de conférences en médecine interne équine, EnvA
Le traitement médical des ulcères gastriques équins (EGUS), détaillé dans notre fiche consacrée à la stratégie thérapeutique, permet d’obtenir une cicatrisation des lésions dans la majorité des cas. Toutefois, ces affections sont fréquemment récidivantes si les facteurs prédisposants ne sont pas identifiés et corrigés.
Le développement des ulcères gastriques chez le cheval est multifactoriel. La sécrétion continue d’acide chlorhydrique par la partie glandulaire de l’estomac, l’alimentation concentrée riche en amidon — dont la fermentation produit des acides gras volatils —, les périodes de jeûne prolongé limitant l’effet tampon de la salive, le confinement au box et les épisodes de stress (transport, compétition, changement d’environnement) constituent autant de facteurs favorisant les lésions, en particulier au niveau de la muqueuse non glandulaire.
Ainsi, au-delà du traitement médicamenteux, l’adaptation de la gestion alimentaire joue un rôle central dans la réduction du risque de récidive et l’optimisation de la santé gastrique sur le long terme.
Pour prévenir à long terme les ulcères gastriques, l’accès au fourrage à volonté est indispensable. Il exerce, en effet, un pouvoir tampon sur l’acidité gastrique via la production et l'ingestion continue de salive basique chez le cheval. Il limite également les périodes de jeûne pendant lesquelles la muqueuse gastrique poursuit sa sécrétion d’acide chlorhydrique non tamponné.
Le fourrage privilégié est le foin, à raison d’environ 2 % du poids vif par jour (soit 10 kg pour un cheval de 500 kg).
L’accès exclusif à la paille ne protège pas suffisamment contre les ulcères gastriques ; le foin doit impérativement faire partie de la ration.
Afin de limiter les périodes sans accès au fourrage (notamment la nuit), l’utilisation de filets ou de dispositifs de ralentissement de la prise alimentaire (slow feeders) est recommandée. Les périodes de jeûne prolongé favorisent en effet l’aggravation des lésions gastriques.
Il convient également d’éviter toute activité sportive à jeun. La distribution de foin au moins 30 minutes avant l’effort permet de limiter la projection d’acide vers la muqueuse non glandulaire lors du travail, phénomène impliqué dans l’apparition ou l’aggravation des lésions.
Une distribution excessive de concentrés riches en amidon constitue un facteur de risque majeur d’ulcères gastriques équins. En effet, l’amidon contenu dans les granulés peut en partie fermenter dans l’estomac, entraînant la production d’acides gras volatils et une acidification accrue du contenu gastrique, favorisant notamment les lésions de la muqueuse non glandulaire.
Afin de limiter ces effets délétères, la quantité de concentrés doit être restreinte à environ 1,5 L par repas, et distribuée après le foin afin de bénéficier de l’effet tampon de la salive et de la couche fibreuse protectrice.
Il est recommandé de privilégier des concentrés à faible teneur en sucres et en amidon (< 20 %). L’apport total d’amidon ne devrait pas dépasser 2 g/kg de poids vif par jour, ou 1 g/kg par repas.
Si l’apport énergétique est insuffisant, l’ajout d’huile végétale peut être envisagé (50 mL deux fois par jour, pouvant aller jusqu’à 250 mL deux fois par jour selon les besoins). L’huile de maïs, à raison de 45 mL par jour, pourrait par ailleurs présenter un effet protecteur sur la muqueuse glandulaire.
En remplacement ou en complément des granulés, la pulpe de betterave constitue une source de fibres hautement digestibles permettant d’augmenter l’apport énergétique tout en limitant l’impact ulcérogène des concentrés riches en amidon.
Certains aliments complémentaires ont fait l’objet d’études suggérant un intérêt dans la prévention ou l’accompagnement des ulcères gastriques équins, en complément d’une gestion alimentaire adaptée.
Parmi eux :
le magnésium, à raison d’environ 20 g/jour, exercerait un effet tampon contribuant à l’amélioration des lésions gastriques ;
l’aloe vera est décrit comme un protecteur et un cicatrisant naturel de la muqueuse gastrique et, à la dose de 17,6 mg/kg deux fois par jour, pourrait favoriser l’amélioration des lésions ;
les associations pectine–lécithine forment un gel protecteur au contact de la muqueuse gastrique et pourraient participer à la limitation de l’agression acide et à la cicatrisation des lésions.
Ces approches doivent s’intégrer dans une stratégie globale incluant la gestion du fourrage, des concentrés et des facteurs de stress.
L’auteur déclare ne présenter aucun conflit d’intérêt qui pourrait influencer ou biaiser de manière inappropriée le contenu de l'article.
Mise en ligne le : 19 fevrier 2026
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