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Écornage des bovins : que faut-il savoir ?

Dr Guillaume Belbis, docteur vétérinaire, Dipl. ECBHM

L’écornage des bovins est un acte couramment réalisé en élevage, souvent par les éleveurs eux-mêmes. Si cette pratique vise principalement à améliorer la sécurité des animaux et des personnes qui les manipulent, ainsi qu'à limiter les blessures au sein du troupeau, elle constitue néanmoins un acte douloureux. Il est important pour une structure vétérinaire de pouvoir les guider afin de permettre une prise en charge adaptée, notamment de la douleur.

Pourquoi écorner les bovins ?

Les cornes peuvent être à l'origine de traumatismes entre animaux mais également de blessures chez les éleveurs, les vétérinaires ou les intervenants en élevage. La taille croissante des troupeaux et l'utilisation de stabulations libres ou de cornadis augmentent les risques, incitant à cette pratique. Dans les bâtiments modernes, l'absence de cornes facilite la circulation des animaux, réduit les risques d'accidents et permet également de limiter certaines dégradations du matériel. De plus, les animaux sans cornes sont moins agressifs et représentent un danger moindre pour eux-mêmes, pour leurs congénères et pour les humains de leur entourage.

 

Éléments d’anatomie des cornes

À la naissance et durant les premières semaines, la corne n'est pas encore une " corne " au sens rigide, mais un bourgeon cornual ou cornillon. Ce petit nodule de peau kératinisée flotte dans le tissu sous-cutané et n'est pas encore soudé à l'os frontal du crâne ; on parle d’indépendance osseuse. A la base du bourgeon se trouve une couronne de cellules épithéliales spécialisées responsables de la production de la corne : des cellules kératogènes. Innervation et vascularisation sont déjà présentes mais superficielles.

Vers l'âge de 2 mois, une modification anatomique majeure se produit : le bourgeon se soude au processus cornual de l'os frontal. La corne devient alors une extension directe du squelette. Cette corne est richement vascularisée et innervée. Le centre de la corne est une excroissance de l'os frontal. Chez l’adulte cet os est creux et contient une extension du sinus frontal.

 

Ébourgeonnage vs Écornage

On distingue deux méthodes radicalement différentes car elles ne sont pas réalisées au même âge et n’ont pas le même impact physiologique :

L'ébourgeonnage est réalisé sur le veau de moins de 2 mois et consiste à détruire le bourgeon cornual qui n'est pas encore soudé à l'os du crâne. C'est une intervention plus légère, rapide et moins traumatisante. Vascularisation et innervation étant encore superficielles, cela rend l'anesthésie locale très efficace et la cautérisation rapide.

L'écornage correspond au retrait de la corne sur des animaux de plus de 2 mois. Il est réalisé sur l'animal adulte ou sevré, la corne étant soudée au crâne et sinusale. C’est une intervention lourde qui nécessite une amputation de la corne. Les complications possibles incluent l’hémorragie de la corne coupée (richement vascularisée) et le risque infectieux (sinusite) en raison de la communication entre le sinus cornual, ouvert à la suite de l’écornage, et le sinus frontal.

 

En pratique

Chez le jeune veau, l'ébourgeonnage est la méthode privilégiée. La technique la plus utilisée repose sur une cautérisation thermique autour du bourgeon. Plus rarement, des pâtes caustiques peuvent être employées chez les très jeunes animaux.

L’ébourgeonnage thermique consiste à cautériser l'anneau de vaisseaux irriguant le bourgeon à l'aide d'un embout chauffant (écorneur électrique ou à gaz) à très haute température (jusqu’à 600°C).

  • Il est conseillé de tondre la zone au préalable afin d’éviter les brûlures de poils et de permettre une meilleure visualisation du bourgeon.
  • Il faut être particulièrement vigilant sur le temps d’application : suffisamment pour former un cercle complet de couleur cuivre mais pas trop longtemps pour éviter le risque de lésion cérébrale par conduction thermique.

L’ébourgeonnage chimique repose sur l’utilisation de pâte à base de soude caustique mais cette technique présente un risque élevé de brûlures chimiques pour l'éleveur et pour les autres veaux (léchage). Cette pratique est de moins en moins recommandée en raison du manque de contrôle sur la diffusion du produit.

 

Chez les bovins plus âgés, lorsque la corne est déjà développée, l'écornage chirurgical peut être réalisé. Cette intervention est plus invasive, provoque davantage de saignements et nécessite une gestion rigoureuse de la douleur ainsi qu'une surveillance post-opératoire attentive.

L’écornage chez le bovin adulte

Autant que possible il est recommandé de réaliser un ébourgeonnage chez le jeune pour limiter la douleur et le stress induit par l’écornage à l’âge adulte. Si l’écornage doit être malgré tout réalisé, une contention calme, une manipulation douce et une préparation adaptée de l'animal contribuent à réduire le stress et à améliorer le confort global de l'intervention.

 

  • Une contention de qualité de l’animal, et notamment de la tête est nécessaire.
  • En raison de la forte vascularisation des cornes, un garrot à l’aide d’un élastique carré est indispensable (le garrot est passé autour des deux cornes et serré très fortement).
  • De même, la forte innervation des cornes nécessite la réalisation d’une anesthésie locale (bloc du nerf cornual) pour limiter la douleur peropératoire.
  • Environ 10-15 minutes après la réalisation de l’anesthésie locale, la corne est sectionnée à l’aide d’une scie, d’une scie-fil, d’une disqueuse ou encore d’une guillotine.
  • Après l’intervention, un spray désinfectant est appliqué pour prévenir tout risque d’infection (sinusite). Une bonne cicatrisation nécessite propreté et ventilation des bâtiments d’élevage.

 

Point clés

  1. L’ébourgeonnage consiste à détruire le bourgeon cornual avant l’âge de 2 mois.
  2. L’écornage correspond à un retrait des cornes par section chirurgicale réalisé sur des bovins de plus de 2 mois.
  3. L’ébourgeonnage thermique est la méthode la plus efficace et la moins invasive.
  4. Il s’agit d’un acte douloureux, quelle que soit la méthode employée. Une prise en charge adaptée de la douleur est donc indispensable.

 

Bien-être animal et gestion de la douleur : des enjeux sanitaires et éthiques

L'écornage est reconnu comme une procédure douloureuse, même lorsqu'il est pratiqué sur de jeunes veaux. La douleur se manifeste pendant l'intervention mais aussi durant plusieurs heures, voire plusieurs jours après celle-ci. Sur la base d’études portant sur le comportement des bovins après écornage, la douleur persisterait plus de 44 heures voire 72 heures après l’écornage. Parmi toutes les techniques possibles, l’ébourgeonnage chimique, utilisant une pâte caustique, est la technique la plus douloureuse, générant de la douleur à court mais surtout à long terme.

La prise en charge de cette douleur est donc nécessaire, quelle que soit la technique employée. Le protocole "Gold Standard" repose sur la multimodalité :

  1.  Sédation (alpha-2 agonistes) : cela calme l'animal, facilite la contention et permet une gestion précoce de la douleur.
  2. Anesthésie locale (bloc cornual) : l’injection de lidocaïne au niveau du nerf cornual constitue le point de vigilance technique. L'anesthésie doit être faite 10 à 15 minutes avant l'acte.
  3. Analgésie (anti-inflammatoires non stéroïdiens) : indispensable pour gérer la douleur inflammatoire postopératoire qui dure plusieurs heures, voire jours.

 

Alternative : la sélection génétique

Au-delà de l'écornage, la sélection génétique de bovins naturellement sans cornes, dits " polled" , constitue une alternative de plus en plus étudiée. Cette caractéristique héréditaire permet d'obtenir des animaux qui ne développent pas de cornes, supprimant ainsi la nécessité d'une intervention douloureuse. Déjà largement utilisée dans certaines races allaitantes, cette sélection progresse également dans les races laitières grâce aux avancées de la génétique et de l'insémination artificielle. Cette solution définitive supprimant totalement le besoin d’intervention répond aux attentes croissantes en matière de bien-être animal tout en conservant les objectifs de production des élevages. Néanmoins, sa diffusion reste encore limitée en raison d'un nombre restreint de reproducteurs porteurs du caractère et de la nécessité de maintenir une diversité génétique suffisante.

Déclaration de conflit d'intérêt

Je déclare sur l’honneur ne présenter aucun conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique, le laboratoire ou le fabricant qui sponsorise cette fiche clinique.

Bibliographie

Stafford K.J., Mellor D.J. (2005), Dehorning and disbudding distress and its alleviation in calves. The Veterinary Journal, 169(3), 337–349.

Stafford K.J., Mellor D.J. (2011), Addressing the pain associated with disbudding and dehorning in cattle. Applied Animal Behaviour Science, 135(3), 226–231.

Stock M.L., Baldridge S.L., Griffin D., Coetzee J.F. (2013), Bovine dehorning: assessing pain and providing analgesic management. Veterinary Clinics of North America: Food Animal Practice, 29(1), 103–133.

Thomsen P.T., Hansen J.H., Herskin M.S. (2021), Dairy calves show behavioural responses to hot iron disbudding after local anaesthesia with procaine. Veterinary Record, 188(4), e52.

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