Dr Guillaume Belbis, docteur vétérinaire, Dipl. ECBHM
Le tarissement de la vache laitière, aussi appelé " période sèche ", correspond au moment où la vache n’est plus ni traite ni tétée par un veau. Cette étape physiologique est essentielle : ce n’est pas une simple pause, mais une période de transition décisive de 6 à 8 semaines. Elle prépare la vache à la prochaine lactation, à la production d'un colostrum de qualité et à la naissance d'un veau en bonne santé.
La période sèche comprend deux phases aux objectifs nutritionnels bien distincts.
- La phase de tarissement précoce : durant les 4 à 5 premières semaines, la production laitière cesse et les besoins énergétiques diminuent. C’est la vraie phase de repos. L'objectif est de couvrir les besoins d'entretien de la vache et du fœtus tout en maintenant un état corporel optimal, sans la faire grossir. Une ration trop énergétique favorise le syndrome de la " vache grasse ", avec un risque plus important de stéatose hépatique, de cétose et de complications au vêlage. La ration conseillée pendant cette phase est donc riche en fibres (foin, paille) et modérée en énergie.
- La phase de préparation au vêlage : les 2 à 3 semaines avant le terme correspondent à une phase de préparation. Dans les dernières semaines de gestation, la situation change rapidement. Le veau grandit plus vite, la production de colostrum débute, et les besoins nutritionnels augmentent fortement. En même temps, la place occupée par le fœtus limite l’ingestion : la vache mange moins alors qu’elle a besoin de davantage d’énergie. Si elle ne reçoit pas assez d’énergie par son alimentation pour couvrir ses besoins, il y a un risque de bilan énergétique négatif. Elle commence donc à puiser dans ses réserves graisseuses, ce qui surcharge le foie et augmente le risque de maladies en début de lactation, comme la cétose, le déplacement de la caillette ou certaines infections. Il est alors nécessaire de réenrichir progressivement la ration, notamment par l'introduction des concentrés de la future ration de lactation, ce qui permet également au rumen de s’adapter à l’alimentation de début de lactation et notamment à absorber de plus grande quantité d’acides gras volatils (AGV) au niveau des papilles ruminales.
Le principal trouble métabolique de fin de gestation est l'hypocalcémie puerpérale ou " fièvre de lait ". Au démarrage de la lactation, les besoins en calcium augmentent brutalement pour la synthèse du colostrum puis du lait. Si son organisme ne mobilise pas le calcium assez vite, la calcémie chute, ce qui peut entraîner une hypocalcémie clinique (vache couchée) ou subclinique avec des répercussions sur la santé et les performances.
La prévention repose sur la préparation de ces mécanismes avant le vêlage. Une erreur fréquente consiste à distribuer une ration trop riche en calcium en fin de gestation, ce qui diminue la stimulation hormonale, notamment celle de la parathormone. À l'inverse, une ration légèrement acidifiante, obtenue par une diminution de la balance anions-cations de la ration (BACA) grâce à un apport accru d'anions (chlore, soufre). Cette légère acidose métabolique, contrôlée et temporaire, favorise une mobilisation plus rapide du calcium osseux. Ainsi, au moment du vêlage, la vache est déjà prête à répondre à la forte demande en calcium.
Le tarissement ne concerne pas seulement le métabolisme : c’est aussi une période importante pour la santé de la mamelle. L’arrêt de la traite permet au tissu mammaire de se reposer. Le tarissement favorise le renouvellement du tissu mammaire et la guérison des infections acquises pendant la lactation, les traitements intramammaires restant plus longtemps au contact des bactéries.
Néanmoins, c’est aussi une période plus exposée aux nouvelles infections, puisque la traite ne joue plus son rôle d’élimination mécanique des germes. Il faut donc à la fois traiter les infections présentes et prévenir les contaminations nouvelles.
L'antibiothérapie systématique laisse désormais place à une approche sélective selon le statut sanitaire de la vache :
- Vaches saines (< 100 000 à 150 000 cellules/ml) : utilisation d’un obturateur interne de trayon seul, à base de sous-nitrate de bismuth.
- Vaches infectées : traitement antibiotique intramammaire de tarissement associé à un obturateur.
Au moment de mettre en place ces traitements, l’hygiène est essentielle. Une désinfection rigoureuse des trayons permet d’éviter d’enfermer des bactéries environnementales dans la mamelle.
Chez les vaches les plus productrices, notamment celles qui donnent encore plus de 20 kg de lait au moment du tarissement, la fermeture naturelle du trayon par le bouchon de kératine peut être moins efficace. Les obturateurs internes peuvent aussi être moins performants en raison de la pression élevée dans la mamelle. Dans ce cas, il est recommandé d’anticiper le tarissement en réduisant la densité énergétique de la ration, par exemple en retirant les concentrés et l’ensilage de maïs, et en diminuant progressivement la stimulation de la production laitière quelques jours avant l’arrêt complet.
Je déclare sur l’honneur ne présenter aucun conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique, le laboratoire ou le fabricant qui sponsorise cette fiche clinique.
Identifiez-vous
Mot de passe oubliéVous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ?
Contactez le service client abonnements@info6tm.com - 01.40.05.23.15