Dr Annabelle Orszag, docteure vétérinaire
La leishmaniose canine est une maladie parasitaire vectorielle chronique transmise par la piqûre de phlébotomes. Longtemps limitée au bassin méditerranéen, elle progresse aujourd'hui vers de nouvelles régions et constitue un enjeu majeur en médecine canine en raison de sa prévalence, de la gravité éventuelle de son expression clinique et de son potentiel zoonotique.
La leishmaniose est provoquée par Leishmania infantum, un parasite transmis lors de la piqûre d'un phlébotome infecté. Après l'infection, le parasite se multiplie dans certaines cellules du système immunitaire.
Tous les chiens exposés ne développent pas la maladie, l'expression clinique dépendant largement de leur réponse immunitaire. Certains restent asymptomatiques tandis que d'autres présentent une maladie systémique sévère pouvant entraîner une insuffisance rénale chronique, principale cause de mortalité.
La maladie est vectorielle, c’est-à dire qu’elle nécessite l’intervention d’un vecteur, ici le phlébotome. En revanche, elle n'est pas contagieuse, ce qui signifie qu’elle ne se transmet pas par simple contact entre chiens.
Le chien constitue le principal réservoir de la maladie en Europe, ce qui explique l’importance en santé publique de cette affection.
Leishmania infantum est un protozoaire intracellulaire qui se multiplie dans les macrophages de l'hôte :
Après inoculation par le phlébotome, le parasite se dissémine dans l'organisme via les systèmes lymphatique et sanguin.
Les ganglions lymphatiques, la rate, la moelle osseuse, la peau et les reins figurent parmi les organes les plus fréquemment atteints.
Les lésions observées résultent à la fois de la multiplication parasitaire et de la formation de complexes immuns responsables notamment des atteintes rénales, articulaires ou oculaires.
La phase d'incubation est très variable et peut s'étendre sur plusieurs mois voire plusieurs années.
Toute infection par Leishmania ne signifie pas systématiquement maladie. En effet, de nombreux chiens infectés restent asymptomatiques pendant plusieurs années voire toute leur vie. En revanche, lorsque l'équilibre immunitaire est rompu, des signes cliniques peuvent apparaître. Ils sont souvent progressifs, variés et très peu spécifiques :
amaigrissement,
baisse de forme,
polyadénomégalie,
lésions cutanées,
ulcères,
pousse excessive des griffes,
épistaxis,
troubles oculaires.
Une atteinte rénale est fréquente et constitue l'une des principales causes de gravité.
La variabilité des manifestations cliniques explique pourquoi la leishmaniose fait partie du diagnostic différentiel de nombreuses affections chroniques rencontrées en consultation. Une surveillance régulière des chiens séropositifs est donc essentielle, même en l'absence de symptômes.
Le diagnostic repose ensuite sur l'association des signes cliniques, d'analyses sanguines, de tests sérologiques et, si nécessaire, d'examens complémentaires comme la PCR ou la cytologie.
L'ASV peut tout à fait repérer certains de ces signes à l'accueil ou en discutant avec le propriétaire, et les transmettre au vétérinaire. Les signes évocateurs comprennent notamment :
Amaigrissement progressif malgré un appétit conservé.
Fatigue ou intolérance à l'effort.
Adénopathie généralisée.
Alopécie, squamosis, ulcères cutanés.
Onychogryphose (croissance excessive des griffes).
Conjonctivite, uvéite ou autres atteintes oculaires.
Polyuro-polydipsie pouvant révéler une atteinte rénale.
Le traitement permet généralement de contrôler la maladie sans toutefois éliminer totalement le parasite. Un suivi régulier est indispensable afin d'évaluer la fonction rénale, surveiller les rechutes et ajuster la prise en charge. Comme l'adhésion du propriétaire au suivi est un facteur déterminant du pronostic à long terme, le rôle de l’ASV est primordial dans l’accompagnement des propriétaires en matière d’observance du traitement et des contrôles de suivi.
La prévention demeure l'outil le plus efficace contre la leishmaniose et repose avant tout sur la protection contre les piqûres de phlébotomes.
Les insecticides à effet répulsif (colliers ou spot-on) doivent être utilisés selon les recommandations du fabricant, particulièrement pendant la saison d’activité des insectes.
Limiter les sorties au crépuscule et durant la nuit dans les zones à risque réduit également l'exposition.
Les chiens vivant ou voyageant en zone à risque doivent être protégés durant toute la période d'activité des vecteurs.
Des vaccins sont également disponibles dans certains pays européens comme mesure complémentaire. Ils ne dispensent toutefois pas de la lutte contre les vecteurs, qui reste la pierre angulaire de la prévention.
Les ASV occupent une place essentielle dans l'information des propriétaires : conseils avant un déplacement en zone à risque, rappel des protocoles de protection, vérification de l'observance des traitements préventifs et sensibilisation à l'importance du dépistage des chiens exposés.
La leishmaniose est bien une zoonose, mais le risque de transmission directe entre un chien et son propriétaire est extrêmement faible. On dénombre seulement quelques dizaines de cas chaque année en France. Le parasite Leishmania infantum est transmis presque exclusivement par la piqûre d'un phlébotome infecté, qui acquiert le parasite en se nourrissant sur un animal réservoir, principalement le chien. Un chien atteint ne peut donc pas contaminer une personne par les caresses, les léchages, les morsures ou le simple contact.
Chez l'humain, la maladie touche essentiellement les personnes vivant ou séjournant dans des zones où les phlébotomes sont présents. Les formes graves concernent surtout les individus immunodéprimés, les jeunes enfants ou les personnes âgées.
En pratique, la meilleure façon de protéger à la fois les animaux et les personnes est de lutter contre les piqûres de phlébotomes grâce aux mesures de prévention adaptées. L'ASV peut rassurer les propriétaires sur l'absence de risque lié à la cohabitation avec leur chien tout en rappelant l'importance de maintenir une protection antiparasitaire efficace dans les zones d’endémie.
Je déclare sur l’honneur ne présenter aucun conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique, le laboratoire ou le fabricant qui sponsorise cette fiche clinique.
LeishVet ALIVE (2024). Canine Leishmaniosis: A Brief for the Practicing Veterinarian.
Solano-Gallego L. et al. (2011). LeishVet Guidelines for the Practical Management of Canine Leishmaniosis. Parasites & Vectors.
https://www.esccap.fr/maladies-vectorielles/leishmaniose.html
MSD Veterinary Manual (mise à jour 2026). Leishmaniosis in Dogs.
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