Annabelle Orszag, docteure vétérinaire
Longtemps fondée sur des traitements systématiques, la gestion du parasitisme équin évolue vers une approche plus raisonnée. L’objectif est double : préserver la santé des chevaux tout en limitant l’émergence de résistances aux vermifuges. Cette stratégie s’appuie sur une meilleure connaissance des parasites, de leur épidémiologie et du niveau d’infestation réel des animaux.
Chez le cheval, plusieurs parasites digestifs nécessitent une surveillance particulière.
Les cyathostomes, ou petits strongles, sont les plus fréquents chez les chevaux vivant au pré. Leurs larves peuvent s’enkyster dans la paroi intestinale durant l’hiver avant de se réactiver au printemps, provoquant parfois des entérocolites sévères.
Les grands strongles, devenus rares grâce aux vermifugations historiques, restent dangereux car ils peuvent être responsables de coliques graves et d’atteintes vasculaires.
Les ascaris, présents principalement au niveau du petit intestin, concernent principalement les poulains et jeunes chevaux, avec des risques d’amaigrissement et d’obstruction intestinale.
Les ténias, localisés au niveau de la jonction iléo-caecale, sont associés à des coliques.
Enfin, les gastérophiles (larves de mouches qui colonisent l’estomac des chevaux) et les oxyures présentent généralement une pathogénicité plus limitée mais doivent être pris en compte dans l’évaluation globale du risque parasitaire.
La gestion du parasitisme repose désormais sur un constat essentiel : tous les chevaux ne contribuent pas de la même manière à la contamination des pâtures. Environ 20 % des individus hébergent près de 80 % de la charge parasitaire du groupe. La coproscopie permet d’identifier ces forts excréteurs en quantifiant le nombre d’œufs par gramme de fèces (OPG). Cet examen simple et peu coûteux aide à déterminer si un traitement est nécessaire et à choisir la molécule adaptée selon le parasite concerné.
En pratique, il est conseillé de ne traiter que :
Les chevaux faiblement excréteurs ne sont pas systématiquement traités afin de préserver une population de parasites sensibles (car non exposés aux traitements), appelée " population refuge ", indispensable pour ralentir l’apparition des résistances.
La résistance aux anthelminthiques correspond à la capacité de certains parasites à survivre à un traitement pourtant administré à la dose recommandée. Ce phénomène résulte principalement de l’utilisation répétée et parfois systématique des mêmes molécules, qui sélectionne progressivement les parasites les moins sensibles.
Les cyathostomes présentent aujourd’hui des résistances fréquentes au fenbendazole et à l’ivermectine.
Les ascaris, notamment chez les jeunes chevaux, sont également concernés par une diminution de la sensibilité aux lactones macrocycliques.
À l’inverse, aucune résistance significative n’a été décrite à ce jour chez les grands strongles ou les ténias.
Face à cette évolution, la coproscopie et le traitement ciblé des animaux fortement excréteurs sont devenus des outils essentiels pour préserver durablement l’efficacité des antihelminthiques disponibles.
Un protocole de vermifugation raisonnée combine coproscopies, traitements ciblés et mesures de gestion environnementale.
Si la vermifugation systématique n’est plus recommandée, l’excès inverse constitue également un risque. L’absence totale de suivi parasitaire ou le recours à des produits dont l’efficacité n’est pas scientifiquement démontrée peuvent favoriser la réémergence de parasites pathogènes et exposer les chevaux à des troubles parfois graves, notamment chez les jeunes animaux ou les individus fragilisés. La vermifugation raisonnée ne consiste donc pas à moins traiter à tout prix, mais à traiter au bon moment, les bons animaux et avec les molécules adaptées, sur la base d’un diagnostic parasitaire objectif.
Je déclare sur l’honneur ne présenter aucun conflit d‘intérêt avec l’industrie pharmaceutique, le laboratoire ou le fabricant qui sponsorise cette fiche clinique.
Grice A. et al. “AAEP Parasite Control Guidelines”.
Scott I., Lawrence K.E., Gee E.K. “Egg reappearance periods associated with anthelmintic treatments given to horses in winter and summer over two years”, Veterinary Parasitology: Regional Studies and Reports. 2025;57:101182. doi:10.1016/j.vprsr.2024.101182
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