Annabelle Orszag, docteure vétérinaire
La santé bucco-dentaire constitue un enjeu majeur en médecine féline. Les affections buccales et dentaires sont extrêmement fréquentes chez le chat, mais restent souvent sous-diagnostiquées en raison de la capacité de l’espèce à masquer la douleur et des difficultés d’examen en consultation. Afin d’améliorer la prévention, le diagnostic et la prise en charge, l’association de médecine vétérinaire féline (FelineVMA) a réuni un groupe d’experts pour élaborer des recommandations actualisées destinées aux praticiens généralistes.
L’objectif de ces recommandations est de fournir aux équipes vétérinaires un référentiel actualisé et fondé sur les données disponibles, selon trois axes principaux : la prévention, le diagnostic et la prise en charge des principales affections bucco-dentaires du chat.
Les auteurs ont réalisé une revue approfondie de la littérature scientifique disponible et ont complété les éléments insuffisamment documentés par un consensus d’experts. Le groupe de travail était composé de vétérinaires spécialistes certifiés et d'un technicien vétérinaire spécialisé en dentisterie. Ces recommandations reposent donc à la fois sur les preuves publiées et sur l’expérience clinique cumulée des membres de ce groupe d’experts.
La maladie parodontale constitue l’affection la plus fréquente chez le chat, avec des prévalences pouvant atteindre plus de 80 % chez les chats adultes selon certaines études. Gingivite, résorption dentaire, gingivo-stomatite chronique féline (FCGS), traumatismes dentaires, malocclusions et tumeurs orales représentent également des affections à ne pas négliger.
L’examen clinique du chat vigile reste indispensable, mais il est insuffisant pour établir un diagnostic complet. L’examen bucco-dentaire sous anesthésie associé à un examen radiographique intra-oral complet est désormais considéré comme la procédure standard permettant d’identifier les lésions invisibles à l’examen externe.
Les recommandations insistent sur l’importance de l’anesthésie et de l’analgésie multimodale, la majorité des affections dentaires étant douloureuses. Les auteurs s’opposent explicitement aux procédures dentaires sans anesthésie, considérées comme inadaptées et potentiellement dangereuses.
La chirurgie dentaire concerne fréquemment des chats âgés, présentant des comorbidités nécessitant des traitements chroniques (affections cardiovasculaires, endocriniennes, douloureuses ou comportementales). Dans ce contexte, la poursuite des traitements habituels ainsi que le maintien de l'abreuvement sont généralement recommandés. En revanche, les antihypertenseurs, à l'exception de l'amlodipine, ainsi que les traitements anticoagulants doivent être suspendus le jour de l'anesthésie.
La durée souvent prolongée des interventions dentaires (2 à 3 heures) justifie le recours à des anesthésies loco-régionales, à des perfusions à débit constant (CRI) et à une intubation endotrachéale. Une attention particulière doit être portée au maintien de la température corporelle, les irrigations abondantes de la cavité buccale favorisant une baisse de celle-ci.
Référer à un spécialiste peut s’avérer nécessaire pour optimiser la prise en charge du patient félin. Cette approche se justifie par les exigences techniques propres à la chirurgie dentaire, notamment en termes d'équipement spécifique, de protocoles analgésiques et anesthésiques, ainsi que par la nécessité de réaliser un examen radiographique intra-oral complet.
La prévention repose sur l’évaluation régulière de la cavité buccale, l’éducation et l’accompagnement des propriétaires, ainsi que l’instauration précoce de soins d’hygiène bucco-dentaire adaptés.
Certaines recommandations reposent davantage sur l’expertise clinique que sur des preuves scientifiques de haut niveau. Pour plusieurs affections, en particulier la résorption dentaire et la gingivo-stomatite chronique féline, les mécanismes physiopathologiques ne sont pas complètement élucidés. De plus, les données disponibles restent hétérogènes concernant les prévalences et les réponses aux différents traitements.
Les auteurs soulignent la nécessité de poursuivre les recherches sur l’étiologie de la résorption dentaire et de la gingivo-stomatite chronique féline, dont les mécanismes restent mal compris.
Des études prospectives et contrôlées sont également nécessaires pour mieux évaluer l’efficacité des traitements disponibles et le rôle du microbiome oral.
En pratique, ils recommandent donc une approche préventive reposant sur des examens réguliers, l’imagerie dentaire sous anesthésie, le contrôle de la douleur et l’implication active des propriétaires.
2025 FelineVMA Feline Oral Health and Dental Care Guidelines
Lobprise H, St Denis K, Anderson JG, Hoyer N, Fiani N, Yaroslav J. 2025 FelineVMA feline oral health and dental care guidelines. J Feline Med Surg. 2025;27:1–29.
Mise en ligne : 30 juillet 2026
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