Laure Bonati, docteure vétérinaire, consultante en médecine du comportement, titulaire d'un CEAV d’éthologie clinique et appliquée
Un voyage peut devenir très compliqué avec un chien malade en voiture. Une enquête menée en Italie a conclu que près de 25% des chiens présentent des comportements gênants lors du transport. Parmi les propriétaires de ces chiens, la moitié demandent conseil à des professionnels (vétérinaire ou éducateur) et 40% cherchent à résoudre le problème par eux-mêmes. L’équipe vétérinaire a donc un rôle majeur à jouer dans l’accompagnement de ces patients peu ou pas pris en charge.
Un transport en voiture est à l’origine de stimuli sensoriels intenses (bruits inhabituels, perte d’équilibre, confinement, stress thermique…) qui peuvent être stressants pour les animaux. Rapidement, les chiens vont associer la voiture à l’émotion qu’ils ressentent à l’issue du transport, qu’elle soit positive (sortie en forêt) ou potentiellement négative (trajet vers la structure vétérinaire).
Certains chiens souffrent de cinétose - des nausées et des vomissements - provoqués par un conflit sensoriel entre les messages reçus par le système vestibulaire et ceux reçus par le cortex visuel. L’inconfort provoqué par le voyage chez les chiens peut être un facteur favorisant du stress, voire de la phobie de la voiture. Au contraire, certains individus peuvent anticiper un événement positif liée à la voiture et montrer un haut niveau d’excitation, avec des aboiements, des sauts ou des grattages des sièges ou des portières, qui sont tout aussi dérangeants pour les conducteurs.
Parmi les comportements gênants en voiture rapportés comme " fréquents " par les propriétaires : 25% des chiens sont décrits comme agités, 24,5% présentent de l’hypersalivation, 18% vomissent, 16% halètent, 15% aboient, 13% pleurent, 11% tremblent, 8% grattent les portes et cherchent à sortir de la voiture, 6,5% lèchent frénétiquement, 2% ont de la diarrhée et 1% urinent pendant le trajet.
Il est probable que dans de nombreux cas, ce ne soit pas la voiture qui provoque le mal-être du chien, mais qu’il s’agisse plutôt d'une anticipation négative associée à la voiture, liée à un état de stress plus ou moins aggravé par des nausées. Sans prise en charge adaptée, la situation risque d’empirer à chaque trajet.
Un trajet en voiture est un événement intrinsèquement stressant pour un chien " naïf ", même s’il est transporté en présence d’une personne familière. Il est donc recommandé d’habituer les chiens à la voiture dès le plus jeune âge, en les familiarisant aux bruits et aux sensations associées, d’abord sur des trajets courts. L’objectif est de réaliser une habituation progressive, sans dépasser les capacités d’adaptation du chiot, ce qui risquerait au contraire de le sensibiliser.
On cherchera à associer la voiture à des émotions positives, en utilisant des friandises pour inciter le chien à monter et à s’installer calmement, puis en utilisant la voiture pour se rendre dans des lieux appréciés par le chien. On conseillera également au propriétaire de faire voyager le chien confortablement, idéalement dans une cage de transport à laquelle on l’aura préalablement habitué et de lui laisser des objets familiers pendant le trajet (couverture, jouets).
De nombreux traitements sont disponibles dans l’arsenal thérapeutique vétérinaire et pourtant, moins de 5% des chiens souffrant de problèmes liés au transport reçoivent un traitement avant de voyager.
Parmi les options disponibles, si l’on suspecte que les difficultés rencontrées sont d’abord liées à des nausées, on peut proposer au propriétaire de tester le dimenhydrate, à administer 30 minutes avant le départ, ou du maropitant à la dose de 8 mg/kg.
Cependant, les vomissements ne sont qu’une facette du problème. Il peut être nécessaire de proposer également un anxiolytique ponctuel, prescrit hors AMM, tel que la gabapentine (10 à 20 mg/kg, 1 à 2 heures avant le voyage) ou la tasipimidine (qui peut être utilisée en prévention d’un événement stressant prévisible comme un voyage).
Une étude récente a conclu que le CBD, prescrit à une dose de 4 mg/kg, 2 heures avant un voyage en voiture, peut limiter le stress de certains chiens.
Bien qu’elle soit souvent proposée, l’acépromazine n’est pas une bonne option car elle n’a pas de valence anxiolytique et peut au contraire contribuer à sensibiliser l’animal.
Enfin, les produits à base de " phéromones " et les aliments complémentaires contenant de l’alpha-casozépine peuvent être utilisés sans risque, mais leurs effets restent aléatoires.
Je déclare sur l’honneur ne présenter aucun conflit d’intérêt avec l’industrie pharmaceutique, le laboratoire ou le fabricant qui sponsorise cette fiche clinique.
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[2] Hunt AB, Flint HE, Logan DW, King T. A single dose of cannabidiol (CBD) positively influences measures of stress in dogs during separation and car travel. Frontiers in veterinary science. 2023 Feb 22;10:1112604.
[3] Mariti C, Ricci E, Mengoli M, Zilocchi M, Sighieri C, Gazzano A. Survey of travel‐related problems in dogs. Veterinary Record. 2012 May;170(21):542-.
[4] Piotti P, Uccheddu S, Alliani M, Mariti C, Nuti V, Ogi A, Pierantoni L, Gazzano A. Management of specific fears and anxiety in the behavioral medicine of companion animals: punctual use of psychoactive medications. Dog behavior. 2019;5(2):23-30.
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