Pr Matthias Kohlhauer, docteur vétérinaire, Diplômé ECVPT, École nationale vétérinaire d’Alfort
Le cannabidiol (CBD) est une molécule de la famille des phytocannabinoïdes, extraite du chanvre (Cannabis sativa). Si certaines données suggèrent un potentiel thérapeutique dans le traitement de la douleur articulaire ou de l’épilepsie, les utilisations du CBD en pratique vétérinaire canine restent encore relativement empiriques. Les principales limites à son usage sont liées à des caractéristiques pharmacocinétiques peu favorables et à l’absence d’Autorisation de mise sur le marché (AMM) en médecine vétérinaire, qui permettrait de disposer de produits standardisés assortis de revendications thérapeutiques claires.
Actuellement, les données d’efficacité disponibles ne permettent pas de conclure de manière certaine sur un bénéfice clinique de l’utilisation du CBD pour la réduction de la douleur liée à l’arthrose chez le chien.
Les seules études montrant un bénéfice (souvent faible) sur la douleur et la qualité de vie doivent être interprétées avec précaution en raison du risque de biais méthodologiques [1].
De la même façon, les méta-analyses de la littérature portant sur l’efficacité du CBD comme traitement de l’épilepsie essentielle réfractaire montrent des résultats incertains qui ne permettent pas d’établir des recommandations claires dans ce contexte [2].
D’autres applications potentielles comme la gestion de l’anxiété ou les troubles dermatologiques sont aussi parfois évoqués mais le nombre d’études reste faible et les effets y sont mal décrits.
L’un des inconvénients majeurs à l’utilisation du CBD est lié à sa pharmacocinétique par voie orale qui est peu favorable chez le chien.
Ainsi, une étude de 2025 chez le Beagle de laboratoire a montré que le CBD présentait une biodisponibilité orale de seulement 31,2 % pouvant varier du simple au double suivant les individus [3].
Cette caractéristique rend ainsi très difficile la détermination d’un dosage standardisé dans le cadre d’un traitement par voie orale et peut expliquer la faible efficacité démontrée. Des études sont en cours pour optimiser les formulations à base de CBD afin d’augmenter la prédictivité de ses effets.
La réglementation autorise la commercialisation des extraits de Cannabis sativa contenant moins de 0,3 % de THC.
Néanmoins, à l’heure actuelle, aucun produit à base de Cannabis sativa et contenant du CBD ne dispose d’une AMM en médecine vétérinaire. Cela signifie que les produits contenant du CBD ne sont pas soumis aux mêmes contraintes de formulation qu’un médicament traditionnel et que les teneurs en CBD ne sont pas garanties. Ces dernières peuvent donc varier de manière importante d’un produit à un autre.
D’autre part, tous ces produits sont commercialisés sous forme d’aliment complémentaire. Cela implique qu’aucun produit à base de CBD ne peut, pour l’instant, revendiquer d’allégation thérapeutique au sens de la loi française ou du règlement européen sur le médicament vétérinaire [4].
Les produits dérivés du CBD ne peuvent donc pas être prescrits et utilisés par les vétérinaires dans le contexte du règlement dit de « la cascade », c’est-à-dire en l’absence de médicament conventionnels appropriés disponibles comme le souligne l’Anses dans un communiqué de 2023 [5].
L’auteur déclare ne présenter aucun conflit d’intérêt qui pourrait influencer ou biaiser de manière inappropriée le contenu de l'article.
Mise en ligne le : 5 février 2026
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