Se connecter

Le cheval pieds nus en médecine vétérinaire : repères essentiels pour les ASV

Laure Bonati, docteure vétérinaire, consultante en médecine du comportement, titulaire d'un CEAV d’éthologie clinique et appliquée

Dans le monde équestre, le traditionnel fer aux pieds des chevaux ne semble plus incontournable : de nombreux propriétaires expriment aujourd’hui la volonté de garder leur cheval « pieds nus ».

Cette pratique n’est plus réservée aux seuls équidés retraités, et certains chevaux non ferrés évoluent même en compétition, jusqu’au niveau olympique.

? Face à cette évolution des pratiques, quelles sont les clés de réussite du « pied nu » ?

? Et surtout, quels repères les ASV doivent-ils connaître pour accompagner les propriétaires dans cette démarche ?

Les fers traditionnels des chevaux : à quoi servent-ils vraiment ?

Le fer cloué est apparu dès le Ve siècle en Europe, puis s’est progressivement répandu dans différentes cultures équestres. Il a longtemps semblé indispensable, notamment lorsque les chevaux parcouraient de longues distances sur des surfaces abrasives. Le fer traditionnel protégeait alors le sabot d’une usure trop rapide.

Aujourd’hui, les chevaux de sport et de loisir évoluent souvent sur des surfaces plus souples. Dans le même temps, certains propriétaires souhaitent revenir à une équitation dite plus « naturelle » : les chevaux vivent davantage dehors, sont moins couverts, parfois non tondus et non ferrés. Cette évolution s’appuie notamment sur l’observation de chevaux dits féraux (retournés à l’état sauvage), capables de parcourir de longues distances sans ferrure.

 

L’essentiel de la biomécanique du pied équin

D’un point de vue biomécanique, garder un pied « nu » peut présenter certains avantages. La présence d’un fer modifie en effet l’interface de contact entre le pied et le sol, ainsi que la répartition des forces qui s’exercent sur les différentes structures du pied.

Sur un pied nu, la fourchette peut pleinement jouer son rôle d’absorption des chocs. De plus, lorsqu’il n’est pas contraint par un fer métallique, le pied peut se déformer lors de l’appui : les talons s’écartent et l’ensemble de la surface solaire entre davantage en contact avec le sol.

Dans ces conditions, le pied nu favorise une meilleure répartition des charges.

⚠️ Il convient toutefois de ne pas conclure que le fer traditionnel est systématiquement délétère. En cas de problème locomoteur chronique, de fragilité du pied ou de défauts d’aplombs, la ferrure peut protéger le pied, soulager le cheval et améliorer une boiterie. Des ferrures orthopédiques spécifiques peuvent même être prescrites et adaptées à la situation, à l’image de semelles orthopédiques chez l’humain.

 

Points clés

  1. D’un point de vue biomécanique, le pied nu peut présenter certains avantages, notamment en matière d’absorption des chocs et de répartition des charges, lorsque les conditions sont favorables.
  2. Le passage d’une ferrure traditionnelle au pied nu nécessite un temps d’adaptation, dont la durée dépend de l’état du pied, de la conformation et des conditions d’utilisation du cheval.
  3. Un pied nu doit être entretenu régulièrement par un professionnel formé, le parage d’un cheval non ferré ne répondant pas aux mêmes objectifs qu’un pied destiné à être ferré.
  4. Le pied nu n’est pas systématiquement adapté à tous les chevaux : discipline pratiquée, terrain de vie, antécédents locomoteurs ou conformation doivent être pris en compte.
  5. Le rôle des ASV est d’accompagner les propriétaires avec des repères objectifs, en orientant vers l’avis vétérinaire lorsque la situation le nécessite.

 

Le cheval aux pieds nus : une option souvent envisageable

Si le pied du cheval est en bonne santé, que sa sole est suffisamment épaisse et qu’il ne travaille pas sur des surfaces trop dures ou abrasives, le passage « pieds nus » est tout à fait envisageable.

Cependant, mettre un cheval « pieds nus » ne consiste pas uniquement à retirer ses fers. La transition nécessite un temps d’adaptation, variable selon les individus. Les spécialistes recommandent généralement de retirer les fers 4 à 5 semaines après le dernier ferrage, afin de disposer d’une longueur de corne suffisante, puis d’entretenir le parage toutes les 3 à 4 semaines au départ.

De nombreux propriétaires de chevaux « pieds nus » se forment au parage afin d’entretenir le sabot entre deux passages d’un professionnel, l’usure naturelle de la corne étant souvent insuffisante et irrégulière.

Enfin, une cure de biotine (vitamine B8) peut être envisagée pour améliorer la qualité de la corne, sans effet toutefois sur sa vitesse de pousse. La complémentation doit durer au moins six mois, sachant que le renouvellement complet du sabot nécessite généralement neuf à douze mois.

Déclaration de conflit d'intérêt

L’autrice déclare ne présenter aucun conflit d’intérêt qui pourrait influencer ou biaiser de manière inappropriée le contenu de l'article.

Bibliographie

  • [1] O'Grady, Stephen E., and Hilary M. Clayton. "Barefoot methodology as a viable farriery option." Equine Veterinary Education 36.8 (2024): 423-430.
  • [2] O'Grady, Stephen E. "Various aspects of barefoot methodology relevant to farriery in equine veterinary practice." Equine Veterinary Education 28.6 (2016): 321-326.
  • [3] Panos, Katelyn E et al. “Short Communication: changes in gait after 12 weeks of shoeing in previously barefoot horses.” Journal of animal science vol. 101 (2023): skac374. doi:10.1093/jas/skac374

La rédaction vous conseille

Mise en ligne le : 24 février 2026

Div qui contient le message d'alerte
Se connecter

Identifiez-vous

Champ obligatoire Mot de passe obligatoire
Mot de passe oublié

Vous êtes abonné, mais vous n'avez pas vos identifiants pour le site ?

Contactez le service client abonnements@info6tm.com - 01.40.05.23.15