Guillaume Belbis, docteur vétérinaire, Dipl. ECBHM
Le piétin des petits ruminants est une affection podale majeure, en particulier chez les ovins. D’origine infectieuse et contagieuse, il est responsable de boiteries importantes et de pertes économiques significatives en élevage. Cette maladie, également appelée dermatite interdigitée contagieuse ou « foot rot », est principalement due à l’action synergique de deux bactéries anaérobies : Dichelobacter nodosus et Fusobacterium necrophorum. D’autres agents peuvent être associés, tels que Trueperella pyogenes ou Clostridium perfringens.
Les bactéries incriminées diffèrent par leur capacité de survie. Alors que Dichelobacter nodosus persiste longtemps dans le pied infecté mais peu dans l’environnement, Fusobacterium necrophorum est plus résistant dans le milieu extérieur.
La virulence de la souche de D. nodosus conditionne la sévérité des lésions, allant de formes bénignes à sévères. Les enzymes produites par cette bactérie (kératinase, élastase, gélatinase) favorisent la destruction des tissus podaux, tandis que F. necrophorum facilite la pénétration bactérienne par ses toxines.
L’affection évolue en 5 stades :
le 1er stade correspond à une légère inflammation du derme interdigital ;
le 2e stade est associé à une exsudation modérée à marquée ;
le 3e stade se caractérise par une nécrose touchant la corne tendre du talon et de la sole ;
le 4e stade voit la nécrose atteindre la corne dure et entraîner un décollement de l’onglon ;
le 5e stade est associé à une chute de l’onglon ou à un développement anarchique de la corne.
Des facteurs extrinsèques (humidité, température, gestion de la litière, densité animale, sols caillouteux) et intrinsèques (espèce, race, état général) influencent la survenue et la gravité du piétin.
Le piétin évolue en plusieurs stades, de la dermatite interdigitale à la dermatite exsudative, puis à la nécrose de la corne tendre puis dure, pouvant aboutir à la chute de l’onglon.
Les signes cliniques incluent :
boiterie avec diminution de la locomotion et baisse de production ;
odeur putride de l’espace interdigital ;
lésions inflammatoires et exsudatives de l’espace interdigital ;
nécrose partielle ou totale de la sole ;
complications (abcès, arthrite, myiases).
Dans un premier temps, la gestion du piétin en élevage repose sur un tri des animaux selon la gravité et la réversibilité des lésions.
Groupe 1 : lésions irréversibles, correspondant le plus souvent aux stades les plus avancés (stade 5 et certains stades 4 sévères), justifiant une réforme rapide ;
Groupe 2 : lésions réversibles, généralement observées aux stades intermédiaires (stades 2 à 4), nécessitant un traitement combiné (parage, désinfection, antibiothérapie, pédiluve au sulfate de zinc, vaccination) ;
Groupe 3 : animaux sains ou peu atteints (stade 0 à 1), relevant d’une surveillance et de mesures préventives.
Le parage rigoureux, l’élimination des débris contaminés, l’utilisation de pédiluves, la supplémentation en zinc et la vaccination constituent les piliers de la lutte.
La gestion raisonnée du troupeau et l’amélioration des conditions d’élevage sont essentielles pour limiter la propagation.
Le piétin demeure un enjeu sanitaire et économique majeur en élevage ovin. Sa maîtrise repose sur une approche intégrée associant prévention, détection précoce et traitements adaptés.
L’auteur déclare ne présenter aucun conflit d’intérêt qui pourrait influencer ou biaiser de manière inappropriée le contenu de l'article.
Mise en ligne le : 19 mars 2026
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