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Aliments complémentaires en médecine vétérinaire : ce que les ASV doivent savoir pour accompagner les propriétaires

Pauline Teyssier, ASV, formatrice en nutrition et autrice (L'Alimentation du Chien et du Chat, Éditions Poulot)

Les demandes de « compléments » sont fréquentes en structure vétérinaire. Pourtant, la notion d’aliment complémentaire reste souvent mal comprise, ce qui expose à des erreurs de supplémentation que les ASV peuvent aider à prévenir.

La réglementation distingue deux catégories d’aliments pour chiens et chats : les aliments complets, capables de couvrir à eux seuls les besoins énergétiques et nutritionnels de l’animal, et les aliments complémentaires.
Dans le langage courant, ces derniers sont souvent appelés « compléments alimentaires », mais il s’agit en réalité d’un abus de langage, cette catégorie n’existant pas pour les animaux.

Un aliment complémentaire est donc un aliment qui, par sa composition, ne permet pas, à lui seul, de couvrir l’ensemble des besoins nutritionnels d’un chien ou d’un chat. Son caractère complémentaire doit d’ailleurs obligatoirement être mentionné sur l’étiquette afin d’éviter toute confusion¹.

 

Les aliments complémentaires, une catégorie large… et hétérogène

Les aliments complémentaires constituent actuellement une sorte de fourre-tout réglementaire. Ainsi, ils peuvent être commercialisés par des acteurs très différents, allant de l’industrie du petfood aux laboratoires vétérinaires, en passant par des marques émergentes, parfois très visibles sur les réseaux sociaux.

On retrouve parmi les aliments complémentaires aussi bien des produits classiques  contenant des vitamines, minéraux, acides gras ou probiotiques – que des formulations à base de plantes.

L’attractivité de ce marché, portée notamment par le fort intérêt des propriétaires, explique la grande diversité des formes proposées : poudres, huiles, friandises dites « santé » ou encore pâtées complémentaires pour chats.

 

Pourquoi un tel intérêt des propriétaires pour les aliments complémentaires ?

Les aliments complémentaires sont le plus souvent utilisés dans une volonté d’agir activement pour le bien-être et la santé de l’animal, notamment lorsqu’il vieillit ou qu’il développe une maladie chronique (arthrose, dermatite atopique, etc.).

Les motivations les plus fréquentes sont :

  • lui faire plaisir, via des produits présentés sous forme de friandises ou de pâtées ;

  • rechercher des solutions perçues comme naturelles, parfois dans l’idée de limiter ou d’accompagner l’usage de traitements médicamenteux ;

  • utiliser des produits faciles à administrer, souvent formulés pour être appétents ;

  • recourir à des produits perçus comme sans risque cela ne peut pas faire de mal »), parfois à tort.

👉 Ces démarches ne doivent toutefois jamais retarder une consultation vétérinaire ni se substituer à une prise en charge médicale adaptée, un point sur lequel les ASV ont un rôle clé de conseil auprès des propriétaires.

 

Points clés

  1. Les aliments complémentaires constituent une catégorie réglementaire distincte des aliments complets et des médicaments, souvent mal comprise.
  2. Ils regroupent des produits très variés, tant par leur composition que par leur forme (poudres, huiles, comprimés, friandises, pâtées complémentaires).
  3. Chez un animal nourri avec un aliment complet adapté, une supplémentation non encadrée peut entraîner des déséquilibres nutritionnels ou des excès potentiellement délétères.
  4. Les aliments complémentaires ne peuvent pas revendiquer d’effet thérapeutique et ne doivent jamais se substituer à un traitement médical.
  5. L’accompagnement par l’équipe vétérinaire, et notamment par les ASV, est essentiel pour clarifier leur intérêt réel, prévenir les dérives et sécuriser leur utilisation.

 

Pourquoi associer un aliment complet et des aliments complémentaires peut être risqué ?

Certains aliments complémentaires apportent des substances peu ou pas présentes dans l’alimentation de base. Dans ce cas, l’absence d’encadrement précis des doses et de validation systématique de leur efficacité, contrairement aux médicaments, rend leur intérêt parfois incertain : les apports peuvent être insuffisants, inutiles, ou relever uniquement d’un effet placebo, représentant un coût financier sans bénéfice réel pour l’animal.

En revanche, lorsqu’ils contiennent des nutriments déjà présents dans l’aliment complet, et dont les besoins sont déjà couverts, leur ajout peut entraîner des excès, en particulier lors d’une utilisation prolongée, parmi lesquels :

  • des excès énergétiques, liés à l’apport répété de produits appétents, favorisant le surpoids ;

  • des excès de vitamine A, notamment via les huiles de foie, souvent utilisées à visée dermatologique ;

  • des excès de calcium et de phosphore, au travers de poudres d’os ou de compléments destinés à la croissance, avec des conséquences osseuses ou urinaires particulièrement préjudiciables chez les animaux en croissance ou de races prédisposées.

👉 En pratique, lorsque l’aliment complet est correctement choisi, les aliments complémentaires sont le plus souvent superflus, voire contre-productifs, en déséquilibrant la ration lorsqu’ils sont utilisés sans maîtrise précise.

 

Allégations santé des aliments complémentaires : un point de vigilance

Les aliments complémentaires n’étant pas des médicaments et ne répondant pas au même cadre réglementaire, aucun d’entre eux ne peut revendiquer d’effet thérapeutique, même lorsque certains de ces effets sont largement promus sur les réseaux sociaux. Ainsi, les témoignages ou retours d’expérience de clients ne constituent pas des preuves d’efficacité en l’absence d’études scientifiques standardisées.

Les propriétaires ne devraient donc pas en attendre un effet comparable à celui d’un médicament, ni les utiliser comme substitut à un traitement médical.

👉 Cela n’exclut pas pour autant qu’un aliment complémentaire puisse présenter un intérêt réel, pour certains animaux et dans des situations particulières, à condition que son utilisation soit réfléchie, encadrée et adaptée.

👉 L’accompagnement par l’équipe vétérinaire, et notamment par les ASV, est alors essentiel pour évaluer l’intérêt réel de ces produits et en limiter les risques potentiels.

Déclaration de conflit d'intérêt

L'autrice déclare travailler pour Arginine, organisme indépendant de formation en nutrition. Cependant, l'autrice déclare ne présenter aucun autre conflit d’intérêt qui pourrait influencer ou biaiser de manière inappropriée le contenu de l'article.

Bibliographie

  • [1] Guide nutritionnel pour Aliments Complets et Complémentaires destinés aux Chiens et Chats - FEDIAF
  • Code de Bonnes Pratiques d’Étiquetage des Aliments pour Animaux Familiers - FEDIAF

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Mise en ligne le : 10 février 2026

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