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Diffuseurs et sprays apaisants chez le chat : sont-ils vraiment efficaces ?

Laure Bonati, docteure vétérinaire, consultante en médecine du comportement, titulaire d'un CEAV d’éthologie clinique et appliquée

Au cours de sa vie, le chat est exposé en permanence aux odeurs de son environnement. Certaines peuvent être associées à de mauvais souvenirs ou à des expériences négatives (présence d’un congénère stressé, transport, consultation vétérinaire…), d’autres à des situations rassurantes.

Dès les premières semaines de vie, l’odorat joue d'ailleurs un rôle central : le chaton s’oriente vers sa mère grâce à la chaleur et aux odeurs du nid, essentielles à son sentiment de sécurité. Plus tard, cette importance des odeurs se retrouve dans de nombreuses situations du quotidien. En pratique, on sait par exemple qu’un chat hospitalisé peut être apaisé par la présence d’un tissu imprégné d’une odeur familière.

Ces observations s’expliquent par les liens étroits qui existent entre le système olfactif et le système limbique, une zone du cerveau impliquée dans les émotions et la mémoire.

👉 Dans ce contexte, l’utilisation de molécules odorantes (sprays, diffuseurs…) pour favoriser des émotions positives et limiter les émotions négatives, comme le stress ou la peur, peut sembler pertinente. Mais qu’en est-il réellement en pratique ?

L’importance de la communication olfactive chez le chat

La communication entre un chat, ses congénères et les humains passe par l’échange de signaux visuels (postures, positions de la queue…), auditifs (miaulements, ronronnements…), mais aussi olfactifs.

En effet, toutes les sécrétions corporelles sont source de composés chimiques volatiles odorants : l’urine, les selles, la salive ainsi que les sécrétions issues des différentes glandes.

Ces composés sont déposés par le chat dans son environnement — par exemple lors d’un marquage urinaire — ainsi que sur ses partenaires de vie, qu’il s’agisse de son propriétaire ou d’un congénère, notamment lors des frottements de tête (rubbing).

👉 Ainsi, les odeurs constituent de véritables signaux de communication. Le chat ne se contente pas d’émettre ces messages : il est également capable de les percevoir et de les interpréter. Selon leur nature et l’expérience passée de l’animal, ces signaux olfactifs peuvent ainsi être associés à des émotions positives, rassurantes… ou au contraire négatives.

 

Les phéromones félines, des odeurs corporelles particulières

Certaines des odeurs corporelles émises par les chats sont appelées phéromones, bien que ce terme soit parfois discuté. Au sens strict, une phéromone est une molécule chimique émise par un individu, capable de déclencher une réponse comportementale stéréotypée (c’est-à-dire toujours identique) chez un autre individu de la même espèce.

Des chercheurs ont identifié des molécules qualifiées de « phéromones faciales » chez le chat, produites par les glandes situées sur la tête. Certaines ont ensuite été synthétisées en laboratoire (fraction F3), puis utilisées sous forme de sprays ou de diffuseurs.

👉 Ces produits reposent ainsi sur des molécules olfactives inspirées de signaux naturellement produits par le chat lui-même.

L’objectif de ces produits est de réduire les comportements liés au stress et à l’anxiété chez le chat, notamment en cas de marquage urinaire ou lors des consultations vétérinaires. Les études publiées sur leurs effets manquent toutefois de rigueur scientifique. Malgré cela, leur utilisation reste largement recommandée par la plupart des spécialistes en médecine féline.

 

Points clés

  1. L’odorat est un sens majeur chez le chat : il intervient à la fois dans l’exploration de l’environnement et la communication avec ses congénères et les humains.
  2. Chaque chat possède des glandes, notamment situées sur la tête et entre les doigts, qui produisent des molécules chimiques odorantes, responsables de sa « signature olfactive ».
  3. Certains produits reposent sur des molécules inspirées de signaux odorants naturels du chat, tandis que d’autres utilisent des odeurs d’origine végétale.
  4. En pratique, les produits olfactifs peuvent constituer une aide intéressante pour certains chats et dans certains contextes, mais leur efficacité reste variable et ne remplace pas une prise en charge globale du stress.
  5. Les ASV ont un rôle clé pour accompagner les propriétaires : expliquer les limites de ces produits, encadrer les attentes et les intégrer dans une approche globale adaptée à chaque animal.

 

Les autres produits olfactifs apaisants

Il n’y a pas que les odeurs corporelles qui peuvent influencer les émotions des chats.

Certaines plantes produisent des molécules olfactives euphorisantes, comme la cataire (Nepeta cataria) ou le matatabi, également appelé vigne d’argent (Actinidia polygama), que l’on retrouve dans certains jouets. Ces substances ne sont pas addictives et peuvent être utilisées sans crainte. Elles constituent un bon enrichissement olfactif au quotidien, même si leur effet lors d’un stress aigu intense reste limité.

Par ailleurs, certains diffuseurs ou sprays contiennent des composés odorants à visée calmante issus de plantes, comme la valériane (Valeriana officinalis) ou le vétiver (Chrysopogon zizanioides). Leur efficacité n’a toutefois pas été validée par des études scientifiques robustes.

👉 Si l’on sait que les odeurs peuvent influencer les émotions du chat, il reste difficile de prédire quelle molécule sera la plus adaptée, chez quel animal et dans quelle situation. La sensibilité individuelle, les expériences passées et le contexte jouent un rôle majeur dans la réponse observée. En pratique, ces produits peuvent représenter une aide intéressante et valent souvent la peine d’être proposés, à condition de bien encadrer les attentes et de les intégrer dans une prise en charge globale, associée à d’autres mesures adaptées.

Déclaration de conflit d'intérêt

L’autrice déclare ne présenter aucun conflit d’intérêt qui pourrait influencer ou biaiser de manière inappropriée le contenu de l'article.

Bibliographie

  • [1] Brown, S. L., & Bradshaw, J. W. S. (2013). Communication in the domestic cat: within- and between-species. In D. C. Turner & P. Bateson (Eds.), The Domestic Cat: The Biology of its Behaviour (pp. 37–60). chapter, Cambridge: Cambridge University Press.
  • [2] Maczynski, Julie (2025). La réponse de stress chez les carnivores domestiques: aspects physiologiques et pharmacologiques, revue de la littérature des nutraceutiques. Thèse médecine vétérinaire - ENVA : 132
  • [3] Zhang, L., Bian, Z., Liu, Q., & Deng, B. (2022). Dealing with stress in cats: what is new about the olfactory strategy?. Frontiers in veterinary science, 9, 928943.

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Mise en ligne le : 7 avril 202§

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