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Insuffisance rénale chronique : comprendre la classification IRIS, un outil clé pour les ASV

Anne-Sophie Richard, docteure vétérinaire, titulaire d'un CES d’Hématologie et biologie clinique animales

L’insuffisance rénale chronique (IRC) est une affection courante, fréquemment rencontrée en structure vétérinaire, notamment chez le chat. Si son diagnostic n’est pas posé tous les jours en consultation, de nombreux animaux suivis à la clinique vivent avec cette maladie sur le long terme.

Pour autant, chaque patient reste unique : cause de la maladie, vitesse d’évolution, traitements et complications varient d’un animal à l’autre.

C’est dans ce contexte que la classification IRIS (International Renal Interest Society) a été développée. Elle permet de structurer la compréhension de la maladie, d’harmoniser sa prise en charge et de faciliter la communication, aussi bien au sein de l’équipe vétérinaire qu’avec les propriétaires, avec des recommandations spécifiques pour le chien et pour le chat.

L’insuffisance rénale chronique : une maladie à accompagner sur le long terme

L’IRC correspond à une destruction progressive et irréversible du tissu rénal, entraînant une diminution plus ou moins rapide des fonctions métaboliques assurées par les reins.

En médecine vétérinaire, les traitements curatifs comme la dialyse ou la greffe restent peu accessibles. Une fois le diagnostic posé par un vétérinaire, l’objectif n’est donc pas de guérir, mais de gérer la maladie et d’apprendre à vivre avec, pour l’animal comme pour son propriétaire.

Le rôle de l’équipe vétérinaire repose alors sur deux piliers essentiels :

  • une détection la plus précoce possible, idéalement avant l’apparition des signes cliniques ;

  • la mise en place d’un suivi régulier et structuré.

Les traitements dits réno-protecteurs visent à ralentir l’évolution de la maladie et à préserver la qualité de vie le plus longtemps possible, notamment grâce à l’association de mesures médicales et nutritionnelles adaptées.

 

Pourquoi établir une classification de l’insuffisance rénale chronique ?

Face à une maladie chronique, le parcours de soins peut sembler long, complexe et anxiogène pour les propriétaires. Une classification permet de décrire objectivement les différents stades de la maladie et d’en améliorer la compréhension.

Dès le diagnostic, grader l’insuffisance rénale permet de situer l’animal :

  • stade débutant, modéré ou avancé ;

  • évolution attendue ;

  • examens de suivi et leur fréquence ;

  • traitements possibles.

La classification IRIS répond ainsi aux questions que se posent légitimement les propriétaires et rappelle un point essentiel : un animal insuffisant rénal n’est pas condamné à court terme. Chaque stade peut durer des mois, voire des années, à condition d’un accompagnement adapté.

Elle joue également un rôle clé en prévention, car les premiers stades sont souvent asymptomatiques, soulignant l’intérêt des dépistages biologiques réguliers chez les animaux âgés ou à risque.

Enfin, en communication, une information synthétique est plus facilement retenue. Annoncer une « insuffisance rénale stade 2 sur 4 » est souvent plus clair qu’un long discours. Entre professionnels, cette classification facilite aussi la continuité des soins, notamment en cas d’urgence ou de relais entre vétérinaires.

 

Points clés

  1. La classification IRIS structure la compréhension et le suivi au long cours de l’insuffisance rénale chronique.
  2. Les quatre stades permettent d’adapter le traitement, la fréquence du suivi et la surveillance des principales complications à chaque étape de la maladie.
  3. Les stades précoces étant souvent asymptomatiques, la classification souligne l’importance du dépistage biologique régulier, notamment chez les animaux âgés ou à risque.
  4. La classification IRIS constitue aussi un outil précieux de communication, facilitant les échanges avec les propriétaires et la coordination entre professionnels.
  5. Pour les ASV, en comprendre les principes permet de mieux accompagner les propriétaires dans le suivi de la maladie et l’adhésion aux recommandations vétérinaires.

 

Comment grader l’insuffisance rénale chronique ?

La classification d’une maladie repose sur des critères biologiques fiables, faciles à mesurer et dont l’évolution reflète celle de la maladie.

Dans la classification IRIS, le grade est établi à partir de paramètres sanguins et urinaires classiquement utilisés pour évaluer la fonction rénale. Ces examens sont accessibles en pratique courante et d’un coût faible à modéré, ce qui permet de grader l’insuffisance rénale dès le diagnostic et d’en assurer le suivi dans le temps.

  • Points de vigilance
  • La classification IRIS repose sur l’analyse conjointe de la SDMA (diméthylarginine symétrique) et de la créatinine. La SDMA augmente plus précocement et permet de détecter les formes débutantes, alors que la créatinine peut rester dans les valeurs de référence de certains laboratoires, même au stade 2.
    En revanche, seules les variations de SDMA supérieures à 60 % sont considérées comme significatives, ce qui les rend parfois moins sensibles que l’augmentation des valeurs de créatinine. C’est pourquoi ces deux paramètres doivent toujours être interprétés ensemble.

  • La classification doit toujours être interprétée de manière globale. Des discordances de stade peuvent exister selon les critères utilisés. Les résultats biologiques doivent donc être corrélés à l’état clinique de l’animal, en tenant compte notamment de son hydratation et de sa masse musculaire, qui influence la créatinine.

 

La classification IRIS en pratique

L’IRIS (International Renal Interest Society) est une référence internationale dans le diagnostic et la gestion de l’insuffisance rénale chronique chez le chien et le chat, avec des recommandations spécifiques à chaque espèce.

Elle distingue quatre stades de la maladie, auxquels sont associés des signes cliniques, des options thérapeutiques, les principales complications à surveiller et des modalités de suivi adaptées.

Concrètement :

  • Il peut arriver qu’un animal diagnostiqué au stade 2 soit reclassé au stade 1 après la mise en place des premières mesures, notamment nutritionnelles. Cette évolution positive constitue souvent un levier important d’adhésion du propriétaire au suivi proposé.

  • Le stade 4 représente une étape clé dans l’accompagnement du propriétaire. Des données objectives permettent d’anticiper la phase terminale, d’orienter la prise en charge vers des soins palliatifs et d’aborder plus sereinement les questions de fin de vie.

Enfin, la classification IRIS évolue régulièrement. Des sous-stades intégrant certaines complications majeures, comme la protéinurie et l’hypertension artérielle, ont été ajoutés.
Par exemple : « insuffisance rénale chronique de stade 2 sur 4, protéinurique mais non hypertensive ».
Ces précisions permettent notamment d’affiner le pronostic et d’adapter le suivi.

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