Guillaume Belbis, docteur vétérinaire, Dipl. ECBHM
La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est une maladie virale infectieuse affectant principalement les bovins domestiques (Bos taurus, Bos indicus) et les buffles. Elle est classée A, D, E dans la réglementation sanitaire européenne (Loi de santé animale), ce qui implique qu’elle est normalement absente du territoire européen et doit obligatoirement faire l’objet de mesures d’éradication en cas d’incursion.
À la suite de l’apparition récente de foyers de DNC en France (Savoie à l’été 2025 puis extension vers d’autres territoires), des mesures de lutte sont actuellement mises en œuvre dans plusieurs régions. Cette fiche a pour objectif de faire le point sur les bases scientifiques de la maladie, en abordant son étiologie, son épidémiologie et sa symptomatologie.
La DNC est causée par le virus de la dermatose nodulaire contagieuse (Lumpy Skin Disease Virus, LSDV), un Capripoxvirus appartenant à la famille des Poxviridae. Le LSDV est étroitement apparenté aux virus de la variole ovine et caprine, avec lesquels il présente une forte homologie génomique et des réactions croisées sérologiques.
Il s’agit d’un virus à ADN double brin, évoluant relativement peu sur le plan génétique, les mutations étant plus rares que chez les virus à ARN. Il est enveloppé, relativement résistant dans l’environnement, et capable de persister plusieurs semaines dans les croûtes cutanées, les tissus nécrosés et diverses sécrétions biologiques.
Épidémiologie de la DNC
Historiquement limitée à l’Afrique subsaharienne, la dermatose nodulaire contagieuse a connu, depuis les années 2010, une expansion géographique rapide vers le Moyen-Orient, l’Asie et l’Europe. Après une progression en Europe du Sud-Est il y a une dizaine d’années, des foyers ont été décrits plus récemment en Italie, en France et en Espagne en 2025.
La transmission du virus est majoritairement vectorielle, impliquant principalement les taons et les mouches piqueuses, notamment Stomoxys calcitrans.
La transmission directe entre animaux est considérée comme secondaire, mais elle peut survenir via les sécrétions nasales et salivaires, le sperme ou le lait. Elle pourrait toutefois représenter une part non négligeable des contaminations en période de faible activité vectorielle.
Tous les bovins sont sensibles à la DNC. L’expression clinique est souvent plus marquée chez les animaux naïfs, les races améliorées, les jeunes animaux et ceux présentant un mauvais état corporel. La morbidité peut atteindre 5 à 45 %, tandis que la mortalité est généralement faible (inférieure à 5 %), bien que variable selon les conditions sanitaires et la virulence de la souche.
Points clés
- La dermatose nodulaire contagieuse (DNC) est une maladie virale réglementée des bovins, classée A, D, E dans la réglementation sanitaire européenne, nécessitant des mesures d’éradication en cas d’incursion.
- Elle est causée par un Capripoxvirus à ADN relativement stable, capable de persister plusieurs semaines, notamment dans les croûtes cutanées et les tissus nécrosés.
- La transmission est principalement vectorielle, impliquant des insectes piqueurs, ce qui explique la diffusion rapide de la maladie dans les zones touchées.
- La mortalité est généralement faible, mais la morbidité peut être élevée, avec des conséquences cliniques prolongées et un impact zootechnique important.
- La DNC n’est pas une zoonose et ne présente pas de risque pour la santé humaine ; elle représente néanmoins un risque sanitaire majeur pour la filière bovine en raison de ses conséquences économiques et des restrictions sanitaires qu’elle entraîne, notamment en matière d’exportation.
Symptomatologie et évolution clinique
Après une période d’incubation de 4 à 14 jours, pouvant aller jusqu’à 28 jours, la maladie débute par une phase fébrile aiguë (40 à 41,5 °C), associée à un abattement marqué, une anorexie, une chute de la production laitière et une lymphadénopathie généralisée.
Dans les jours suivants apparaît l’éruption cutanée caractéristique, constituée de nodules fermes et bien circonscrits, de 0,5 à 5 cm de diamètre, affectant la peau et le tissu sous-cutané. Les lésions sont principalement localisées au niveau de la tête, du cou, du tronc, du périnée et des membres (voir photos 1 et 2). Elles évoluent progressivement vers une nécrose centrale, pouvant conduire à la formation de croûtes qui se détachent après plusieurs semaines, laissant des cicatrices permanentes.
Des atteintes des muqueuses nasale, buccale, oculaire et génitale peuvent également être observées, associées à des écoulements séreux à muco-purulents.
Les complications secondaires sont fréquentes et incluent des surinfections bactériennes, des boiteries liées aux lésions podales, des pneumonies, des mammites ainsi que des troubles de la reproduction, tels qu’une infertilité transitoire ou des avortements.
L’évolution clinique s’étend généralement sur plusieurs semaines à plusieurs mois, avec un impact significatif sur les performances de production et une convalescence prolongée chez les animaux sévèrement atteints.
L’auteur déclare ne présenter aucun conflit d’intérêt qui pourrait influencer ou biaiser de manière inappropriée le contenu de l'article.
Mise en ligne le : 22 janvier 2026
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