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Comment réagir face à une suspicion de syndrome de Noé ?

Crédit photo @Vershinin89 - Shutterstock.com
" Est-ce qu’il n’aurait pas un peu le syndrome de Noé ? " chuchotent deux ASV en évoquant avec un clin d’œil un multi-propriétaire d’animaux. La situation peut en effet prêter à sourire quand, au comptoir, vous enregistrez la fiche du douzième chat de la maisonnée, le onzième étant arrivé quelques semaines plus tôt seulement. Mais tout n’est pas toujours sous contrôle et il arrive que l’on soit confronté à des contextes réellement problématiques.

Lorsqu’il est avéré, le syndrome de Noé correspond à un trouble psychologique qui pousse une personne à accumuler des animaux sans être en mesure de répondre à leurs besoins fondamentaux. En tant que premiers interlocuteurs des propriétaires, les ASV comptent parmi les témoins privilégiés de ces situations délicates à aborder. Avec quelques clés de compréhension en main et des repères sur la posture à adopter, il est possible de se sentir mieux armé pour y faire face.

Le syndrome de Noé : de quoi parle-t-on exactement ?

Le syndrome de Noé est une affection caractérisée par la possession d’un grand nombre d’animaux dans des conditions qui ne permettent pas d’en assurer la bientraitance. Les principaux points à retenir sont les suivants :

  • Il s’agit d’un trouble psychiatrique.
  • La personne atteinte se retrouve dans l’incapacité à subvenir aux besoins de ses animaux (alimentation, soins, hébergement adapté, etc.).
  • Elle ne se rend pas compte de la situation, même si ses intentions de départ sont bonnes.
  • Elle est sincèrement attachée à ses animaux et n’a pas conscience de les faire souffrir.

En pratique, plusieurs éléments peuvent faire suspecter un syndrome de Noé :

  • La multiplication du nombre d’animaux, parfois plusieurs dizaines, avec un effectif qui continue d’augmenter.
  • Les animaux ne sont pas en bonne santé (maigreur, parasitisme, maladies récurrentes, etc.).
  • Le propriétaire semble négligé ou socialement isolé.
  • Il est réticent à accepter une aide extérieure.

Le profil type de la personne atteinte du syndrome de Noé est une femme vivant seule, âgée de plus de 40 ans. Mais on le retrouve également au sein de groupes d’individus, par exemple parmi certaines associations de protection animale.

Il faut retenir qu’il s’agit d’un trouble complexe, qui cache généralement une souffrance importante. Il ne s’agit pas de nier la maltraitance animale qui en découle, mais de comprendre que la personne concernée est malade, vulnérable et malgré tout se soucie de ses animaux.

De la théorie à la pratique : que se passe-t-il sur le terrain ?

En première ligne, les ASV sont généralement ceux qui reçoivent les premiers contacts avec les clients. Chaque journée est unique, la clientèle rassemble un large éventail de profils différents... Si bien qu’au bout de quelques années, on peut avoir l’impression d’avoir " tout vu " ! Pourtant, certaines situations un peu inhabituelles peuvent mettre la puce à l’oreille.

Dans le cadre d’un syndrome de Noé, les ASV peuvent notamment être confrontés à :

  • Un propriétaire qui arrive avec un grand nombre d’animaux
  • Des demandes répétées de soins d’urgence, souvent quand la situation est déjà très dégradée
  • Des difficultés financières chroniques
  • Des animaux en mauvais état général, parfois craintifs et mal sociabilisés
  • Un discours confus, fuyant ou minimisant la situation

Les ASV se retrouvent alors dans une position délicate : accueillir une personne dont les animaux sont mal en point, visiblement dépassée par la situation et ne disposant pas toujours des ressources financières nécessaires. Entre malaise et sentiment d’impuissance, le piège est de sortir de sa posture professionnelle et de réagir de manière impulsive. Comment être certain d’adopter la bonne attitude ?

Trouver la bonne posture : entre empathie et vigilance

En tant qu’ASV, votre rôle est d’accueillir le propriétaire sans jugement. La personne atteinte du syndrome de Noé a pris rendez-vous pour un problème spécifique. Ainsi, il s’agit tout d’abord d’adopter une posture d’écoute et de recueillir factuellement les premières informations. Il est recommandé de favoriser une communication respectueuse, en évitant tout sous-entendu ou accusation.

La personne atteinte du syndrome de Noé est avant tout un propriétaire soucieux de ses animaux, mais vulnérable. En adoptant un ton moralisateur, le risque est qu’il se referme ou se fâche, ce qui pourrait compromettre le bon déroulé des soins. En amenant ses animaux chez le vétérinaire, le propriétaire tente d’améliorer le bien-être de ses compagnons. Il lui aura peut-être fallu du courage pour demander de l’aide et il se sentira plus en confiance en ayant l’impression d’être écouté.

Pour faciliter les échanges, on peut poser les questions de manière ouverte ( " Comment pouvons-nous vous aider aujourd’hui ? " ) ou bien aider le propriétaire à reformuler ( " Vous êtes inquiet parce que votre chat a une vilaine plaie qui ne guérit pas. " ).

Selon la réceptivité du propriétaire, l’ASV pourra évoquer les associations de protection animale de son secteur afin de lui proposer une aide ou un soutien supplémentaire.

Bien entendu, il faudra également communiquer avec le reste de l’équipe, notamment avec le vétérinaire qui recevra les animaux en consultation. C’est lui qui pourra attester de leur état de santé et prendre les mesures nécessaires en fonction de la situation.

En cas de maltraitance involontaire, comme dans le cadre du syndrome de Noé, le vétérinaire est tenu d’effectuer un signalement auprès de la DDPP et du procureur [1].

La juste distance professionnelle : savoir se préserver

Les situations de négligence ou de maltraitance animale sont particulièrement éprouvantes. Le métier d’ASV sélectionne des personnes sensibles et fortement investies, qui peuvent éprouver des difficultés à être témoin de la souffrance animale. Si recevoir un propriétaire atteint du syndrome de Noé n’empêche pas de faire preuve d’empathie, il faut également savoir se préserver.

Échanger en équipe, passer le relais si besoin, adopter une juste distance face à ces situations… permettent de limiter la fatigue compassionnelle, fréquente dans les métiers du soin.

Heureusement, les contextes problématiques comme le syndrome de Noé restent rares mais mieux vaut anticiper pour ne pas se retrouver pris au dépourvu.


Face au syndrome de Noé, l’ASV endosse donc un rôle particulièrement délicat : accueillir avec professionnalisme et écoute des propriétaires en difficulté, sans occulter la notion de bien-être animal. Un équilibre est à trouver entre posture bienveillante et prise au sérieux de la situation.

 

Astrid de Boissière,
Vétérinaire

 

Ressources documentaires et bibliographiques : 

[1] Signaler une maltraitance animale, l’Ordre National des Vétérinaires. [Consulté le : 2 juin 2026]. Disponible en ligne sur : https://www.veterinaire.fr/je-suis-veterinaire/mon-exercice-professionnel/les-fiches-professionnelles/signaler-une-maltraitance-animale.

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