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Sieste en structure vétérinaire : simple rêve ou véritable levier de qualité de vie au travail ?

Crédit photo @ Andrey Zhorov - shutterstock.com
Fatigue chronique, journées longues, horaires décalés, gardes ou astreintes, charge mentale élevée… En structure vétérinaire, le rythme de travail met les équipes à rude épreuve, et tout particulièrement les ASV, fragilisant parfois l’équilibre personnel et professionnel. Dans ce contexte, la question du repos en journée mérite d’être posée. Longtemps perçue comme taboue, la sieste au travail présente pourtant des bénéfices reconnus sur la vigilance, la santé, la qualité des soins et la prévention du risque d’épuisement professionnel. Que dit réellement la loi ? Et que peut-on envisager concrètement en clinique vétérinaire pour améliorer la qualité de vie au travail des soignants, sans compromettre l’organisation des équipes ?

Dans l’inconscient collectif, s’endormir quelques minutes au travail reste souvent associé à un manque de professionnalisme. Mais lorsque les journées s’enchaînent, que les urgences surgissent parfois sans prévenir et que la vigilance ne doit jamais faiblir, l’idée même d'une sieste peut sembler paradoxale.

Pourtant, dans de nombreux secteurs, la sieste est aujourd’hui reconnue comme un véritable outil de récupération. En structure vétérinaire, où la fatigue des équipes – et notamment des ASV – peut avoir des conséquences directes sur la vigilance, la sécurité des patients, la qualité des soins, mais aussi sur le bien-être au travail, la question mérite d’être posée : la sieste pourrait-elle avoir sa place au travail ?

Fatigue professionnelle : une réalité du quotidien des ASV et des vétérinaires

Au sein des établissements de soins vétérinaires, les vétérinaires et les ASV sont exposés à une fatigue multifactorielle : amplitude horaire importante, rythme soutenu, gestion des urgences, charge émotionnelle, contraintes physiques et mentales.

Chez ces soignants, la fatigue ne se limite pas toujours à une sensation passagère : elle peut devenir chronique, altérer la concentration, augmenter le risque d’erreur et peser durablement sur la qualité de vie au travail.

Dans ce contexte, la récupération au cours de la journée peut jouer un rôle clé.

La sieste : de quoi parle-t-on exactement ?

Contrairement aux idées reçues, une sieste efficace n’est pas forcément longue. Les spécialistes du sommeil s’accordent généralement sur le concept de micro-sieste ou de sieste courte, d’une durée de 10 à 20 minutes.

Ce type de repos permet d’améliorer à court terme la vigilance, la mémoire, la concentration et l’humeur, sans entrer dans un sommeil profond qui pourrait entraîner une inertie au réveil.

Pour certaines personnes, notamment celles soumises à des horaires décalés ou à des gardes, cette pause peut constituer un véritable outil de récupération ponctuelle. Elle ne remplace toutefois pas un sommeil nocturne suffisant ni une organisation du travail adaptée lorsque la fatigue devient chronique.

Que dit la loi sur la sieste au travail ?

En France, le Code du travail ne mentionne pas explicitement la sieste sur le lieu de travail. Il encadre en revanche le temps de travail, les pauses obligatoires et les temps de repos.

Tout salarié bénéficie notamment d’une pause minimale de 20 minutes consécutives dès que le temps de travail atteint 6 heures, ainsi que d’un repos quotidien de 11 heures consécutives minimum.

Dormir pendant le temps de travail n’est donc pas un droit en tant que tel. En revanche, rien n’interdit formellement à un employeur d’autoriser des temps de repos spécifiques, à condition qu’ils soient compatibles avec l’organisation de la structure et clairement encadrés.

La mise en place d’une sieste repose donc sur un accord interne, fondé sur le dialogue, la confiance et des règles précises.

Sieste au travail : ce qui se fait déjà, parfois, en structure vétérinaire

Dans certaines cliniques vétérinaires, la sieste existe déjà de manière informelle. Il peut s’agir de quelques minutes de repos pendant la pause déjeuner, d’un moment au calme après une garde de nuit, ou d’un temps de récupération accordé lors de journées particulièrement intenses.

Pour les ASV, souvent en première ligne à l’accueil, au bloc ou en hospitalisation, ces instants de pause peuvent représenter un véritable temps de décompression physique et mentale.

Ces pratiques restent toutefois rarement officialisées. Elles reposent le plus souvent sur des accords tacites, par crainte d’abus, par manque de cadre clair ou parce que la culture professionnelle ne les légitime pas toujours.

Pourtant, lorsqu’elles sont intégrées de façon réfléchie et proportionnée à l’organisation de la structure, ces pauses peuvent contribuer à limiter l’accumulation de fatigue, soutenir la vigilance et participer à l’amélioration du bien-être au travail.

Envisager la sieste au travail comme un outil organisationnel

Plutôt que de laisser ces pratiques dans le flou, certaines structures peuvent choisir d’intégrer la question du repos dans une réflexion plus globale sur l’organisation du travail et la qualité de vie au travail.

Il ne s’agit pas d’imposer un modèle unique, mais d’ouvrir un dialogue sur les besoins réels des équipes, notamment des ASV, souvent en première ligne tout au long de la journée.

Plusieurs pistes peuvent être envisagées :

  • reconnaître et protéger un véritable temps de pause, réellement respecté ;

  • aménager un espace calme, même modeste, permettant de s’isoler quelques minutes ;

  • clarifier les règles internes afin d’éviter malentendus ou inégalités de traitement ;

  • adapter ces pratiques aux contraintes de l’activité, en tenant compte des urgences, des effectifs et de la charge de travail.

L’enjeu n’est pas seulement de permettre une sieste, mais de reconnaître que récupération et performance ne sont pas opposées. Une organisation qui intègre des temps de repos réfléchis peut contribuer à préserver la vigilance, la cohésion d’équipe et la qualité des soins.

La sieste au travail : une question de culture et de confiance

La mise en place de temps de repos efficaces repose avant tout sur une relation de confiance au sein de l’équipe. Elle suppose un dialogue ouvert entre employeur et collaborateurs, ainsi qu’une reconnaissance partagée d’un principe simple : performance durable et épuisement chronique ne vont pas ensemble.

Parler de sieste ne revient pas à encourager la désorganisation. C’est interroger la culture du travail en structure vétérinaire : quelle place accorde-t-on réellement au repos ? Comment concilier exigence professionnelle et préservation des soignants ?

Dans un contexte de tension sur le recrutement, de difficultés de fidélisation et de montée des risques psychosociaux, intégrer la question de la récupération peut devenir un véritable levier d’attractivité, mais aussi de prévention et de cohésion d’équipe.


En résumé, la sieste au travail n’est ni une obligation ni une solution universelle. Mais en structure vétérinaire, où la fatigue est omniprésente et les responsabilités importantes, elle peut constituer un outil simple de récupération, à condition d’être réfléchie, encadrée et adaptée à la réalité de l’activité.

 

Juliette Garnodier
Vétérinaire & rédactrice de contenu

 

Ressources documentaires et bibliographiques : 

  • Code du travail. Partie législative – Durée du travail, repos et pauses (articles L3121-1 à L3121-33). Paris : République française ; texte en vigueur.

  • Institut national du sommeil et de la vigilance. Sommeil et travail. Paris : INSV ; s.d. Disponible sur : institut-sommeil-vigilance.org [Consulté le : 16 février 2026].

  • Assurance Maladie. Somnolence diurne : prévention et conséquences. Paris : Assurance Maladie ; s.d. Disponible sur : ameli.fr  [Consulté le : 16 février 2026].

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