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Bonnes résolutions au travail chez les vétérinaires : objectifs motivants ou injonctions épuisantes ?

Crédit photo @ LanaSweet - shutterstock.com
Tous les ans, c’est la même rengaine. Les premiers jours de janvier sont propices aux bonnes résolutions personnelles, mais aussi professionnelles.
Dans un métier vétérinaire déjà sous tension, ces objectifs sont-ils réellement une source de motivation ou deviennent-ils insidieusement des injonctions supplémentaires ?
Entre fatigue, quête de sens et exigences du quotidien, penchons-nous ensemble sur la place des bonnes résolutions au travail chez les vétérinaires.

Chaque début d’année, les Français renouent avec un rituel immuable, presque aussi sacré que la galette des rois (ou la brioche des rois pour les sudistes, je ne voudrais exclure personne) : la prise de bonnes résolutions.

Entre le 1er et le 15 janvier, l’optimisme est à son comble. On va « faire plus de sport », « mieux manger », « lever le pied au travail », « arrêter de procrastiner »… parfois tout en même temps, tant qu’à faire. Les salles de sport débordent, les applications de méditation s’installent en masse sur les téléphones, et les agendas se remplissent de promesses ambitieuses.

Pourtant, beaucoup de ces résolutions ont tendance à s’évaporer aussi vite qu’elles sont apparues, non pas par manque de volonté, mais parce qu’elles ont souvent été formulées sous le coup de l’enthousiasme plutôt qu’ancrées dans la réalité… Alors, prendre de bonnes résolutions au travail, vrai moteur ou fausse bonne idée ?

Quand les bonnes résolutions s’invitent dans le quotidien vétérinaire

Après les fêtes, nombreux sont ceux et celles qui reviennent à leur poste avec un cortège de « bonnes résolutions ». Mieux s’organiser, mieux communiquer, prendre du recul, se former davantage, préserver son équilibre vie pro/vie perso…

Dans l’écosystème vétérinaire, ces intentions fleurissent souvent dans le contexte bien particulier d’un métier en tension : surcharge chronique de travail, pénurie de confrères et consœurs, exigences émotionnelles élevées, attentes fortes des clients, pression économique, sentiment de ne jamais en faire assez…

Chez les vétérinaires, la liste des résolutions prend souvent une coloration très professionnelle : mieux gérer les urgences, finir les consultations à l’heure (ou presque), améliorer la communication avec les clients, prendre enfin de vraies pauses, déléguer davantage, ou encore réussir à concilier qualité des soins et viabilité économique sans y laisser son énergie… Les plannings s’organisent, les bonnes intentions s’empilent et l’on se promet que, cette année, ce sera différent.

Puis, doucement mais sûrement, la réalité reprend ses droits : le temps maussade de février, les urgences du quotidien et la fatigue hivernale viennent éroder cette belle détermination. D’autres résolutions s’effritent, non par manque de motivation, mais parce qu’elles se transforment insidieusement en injonctions supplémentaires dans un quotidien déjà chargé. Et c’est souvent là qu’humour et autodérision deviennent des alliés précieux pour reconnaître que toutes les résolutions ne tiendront pas, mais que chacune d’elles traduit malgré tout une envie profonde d’exercer son métier dans de meilleures conditions.

Faut-il encore se fixer des résolutions quand on exerce un métier en tension ?

La question mérite d’être posée, car toutes les résolutions ne se valent pas. Si certaines redonnent de l’élan, du sens et de la motivation, d’autres, au contraire, se transforment en injonctions silencieuses, culpabilisantes et contreproductives. Notre métier est porté par des valeurs fortes : le soin, la responsabilité, l’engagement, l’utilité sociale, la relation au vivant. Pourtant, avec le temps, le quotidien peut éroder cet idéal initial.

Les périodes de rupture (rentrée, début d’année, changement de poste…) favorisent une certaine introspection. Elles offrent un moment de pause mentale pour se poser des questions essentielles : est-ce que je veux continuer ? Qu’est-ce que je ne veux plus subir ? Qu’est-ce que j’aimerais faire évoluer dans ma pratique ?

Prendre des résolutions, dans ce contexte, apparaît souvent comme une tentative de reprendre la main sur un métier parfois vécu comme envahissant. Une manière de remettre du choix là où l’on a l’impression de ne faire que réagir et répondre aux urgences. Mais attention, car vouloir « faire mieux » dans un système déjà exigeant peut vite devenir un piège.

Bonnes résolutions ou injonctions déguisées ?

Beaucoup de vétérinaires se fixent des objectifs qui ressemblent davantage à des exigences supplémentaires qu’à de véritables sources de motivation : être plus efficace, mieux gérer ses émotions, accepter plus facilement les contraintes, être plus rentable sans perdre en qualité… Ces formulations traduisent souvent une pression intériorisée, nourrie par le contexte professionnel, la comparaison avec les autres, ou un idéal de performance difficilement atteignable. Elles reposent sur le « il faut », le « je devrais », plus rarement sur le « j’ai envie ».

Or, dans un métier déjà marqué par un fort taux d’épuisement et de détresse psychologique, ce type d’injonction peut avoir l’effet inverse et accentuer le sentiment d’échec et de culpabilité. Lorsque la résolution devient une norme à atteindre plutôt qu’un repère choisi, elle perd alors tout pouvoir mobilisateur.

La différence entre un objectif motivant et une injonction contreproductive est une question d’intention. Un objectif réellement motivant ne cherche pas à corriger une « insuffisance ». Il vise à soutenir ce qui fait sens, à améliorer une situation concrète, dans le respect des ressources disponibles.

La différence est subtile mais fondamentale.

Par exemple si je pense que ma résolution est « Je dois arrêter de me laisser déborder par les clients », l’objectif repose sur une critique implicite de soi. En la formulant différemment : « Je veux apprendre à poser des limites claires pour préserver la qualité de la relation avec la clientèle, et mon énergie », l’objectif s’appuie davantage sur une valeur (qualité du soin, respect mutuel) et ouvre une perspective d’apprentissage.

Chez les vétérinaires, les objectifs les plus durables sont souvent ceux qui respectent les réalités du terrain, tiennent compte de la forme et de l’état d’esprit — notamment de la fatigue accumulée — et s’inscrivent dans une logique de préservation, pas de surenchère.

Faire le bilan sans s’auto-flageller

Avant toute prise de résolution, il est essentiel de faire un bilan honnête de l’année écoulée. Mais dans un métier où l’exigence est élevée, cet exercice peut rapidement tourner à l’auto-critique. Quoi qu’il en soit, faire le bilan ne signifie pas dresser la liste de ce qui n’a pas été fait, ni de ce qui aurait pu être mieux. C’est avant tout reconnaître ce qui a été tenu malgré les contraintes, les situations complexes traversées, les compétences développées dans l’adversité, les limites atteintes, parfois légitimement…

Pour un vétérinaire, cela peut être : avoir maintenu une qualité de soin dans un contexte tendu, ou avoir survécu à une période de sous-effectif. Un bilan juste est un bilan bienveillant et lucide, qui distingue ce qui dépendait de soi de ce qui relevait du système.

Clarifier ses valeurs professionnelles

Dans un environnement contraint, les résolutions les plus utiles sont celles qui s’alignent sur nos valeurs profondes. Pour certains vétérinaires, la valeur centrale sera la qualité du soin. Pour d’autres, la transmission, la coopération, l’autonomie, la sécurité émotionnelle, ou encore l’équilibre de vie.

Identifier deux ou trois valeurs clés permet de filtrer les résolutions inutiles car une résolution qui va à l’encontre de nos valeurs aura peu de chances de tenir, même si elle semble « raisonnable » sur le papier.

Se fixer des objectifs concrets, réalistes et ajustables

La méthode SMART (Spécifique, Mesurable, Atteignable, Réaliste et Temporel) peut être utile, à condition de ne pas la transformer en outil de pression supplémentaire. Un objectif pertinent pour un vétérinaire doit être concret, lié à une situation réelle, mesurable sans obsession du chiffre, atteignable compte tenu de la charge actuelle, et intégrer une marge d’ajustement.

Par exemple consacrer un temps défini à la formation, plutôt que « se former davantage », tester une nouvelle organisation de planning sur une période limitée, améliorer un point précis de communication plutôt que vouloir « mieux gérer les clients ». L’objectif n’est pas de tout changer, mais de créer un espace de respiration.

Le pouvoir des petits pas

Dans un métier où l’énergie est précieuse, les changements radicaux sont rarement tenables. Vous avez peut-être déjà entendu parler de l’Ikigai, un concept japonais qui signifie littéralement « ce pour quoi la vie vaut la peine d’être vécue », ou « raison d’être ». Il se situe à l’intersection de 4 dimensions :

  • ce que vous aimez faire ;

  • ce dans quoi vous êtes compétent(e) ;

  • ce dont le monde (ou vos clients) a besoin ;

  • ce pour quoi vous pouvez être rémunéré(e).

L’Ikigai donne sens et motivation et favorise un engagement durable. Une structure vétérinaire alignée sur son Ikigai obtiendra une meilleure cohésion d’équipe, plus de satisfaction professionnelle, une meilleure qualité de soins, une fidélisation des équipes... Pour celles et ceux qui veulent en savoir plus, n’hésitez pas à écouter l’Épisode #74 de Vet'o micro - Grégory Santaner : Trouver son ikigai

Quand on pense « bonnes résolutions », on peut faire appel à un autre concept nippon, le Kaizen. Cette « logique des petits pas », inspirée de l’amélioration continue à la japonaise, est particulièrement adaptée au monde vétérinaire. Elle repose sur l’idée que de petits changements réguliers mènent à de grandes améliorations sur le long terme. Concrètement, cela peut consister à ajuster chaque mois un détail du parcours client (accueil, devis, suivi) ou encore mettre en place de courts temps d’échange d’équipe hebdomadaires.

Ikigai & Kaizen : une combinaison puissante en médecine vétérinaire

Un ajustement minime mais régulier vaut mieux qu’une résolution ambitieuse abandonnée en quelques semaines. Changer une habitude, un mot, une limite posée, une organisation sur un point précis peut déjà avoir un impact significatif.

En associant ces deux notions, on peut alors mettre ses bonnes résolutions en perspective :

  • Ikigai → Pourquoi je fais ce métier ?

  • Kaizen → Comment puis-je l’exercer mieux chaque jour ?

Ensemble, ils permettent de lutter contre l’épuisement professionnel, d’améliorer durablement la qualité des soins, de créer des structures vétérinaires plus humaines, plus performantes et surtout plus alignées.

Nuancer les échecs

Enfin, il est essentiel de redéfinir ce que signifie « échouer » lorsqu’on parle de résolutions professionnelles. Ne pas atteindre un objectif ne signifie pas avoir échoué en tant que vétérinaire. Cela peut simplement révéler une fatigue sous-estimée, un contexte plus contraignant que prévu, un objectif mal formulé ou un besoin plus profond ignoré. Dans un métier où l’on apprend en permanence par l’expérience, l’échec fait nécessairement partie du processus d’ajustement.


Le début d’année est propice à la prise de bonnes résolutions qui sont souvent un bon moyen de booster sa motivation après les fêtes. Mais nul besoin de s’y plier comme si c’était une obligation ; rien ne sert de s’infliger cette démarche si elle ne génère que frustration et culpabilité. Les bonnes résolutions ne sont ni bonnes ni mauvaises en soi. Pour les vétérinaires, elles peuvent être un levier de sens et de protection, ou au contraire une charge mentale supplémentaire. La différence tient à une question simple mais essentielle : est-ce que cette résolution me soutient, ou est-ce qu’elle m’en demande encore plus ?

Dans un métier déjà en tension, la priorité n’est pas d’en faire toujours davantage, mais de faire autrement, en respectant ses valeurs, ses limites et son humanité. Tenue ou non, une résolution est surtout importante pour l’élan qu’elle procure.

Alors je vous souhaite une excellente année 2026 (dans le zodiaque chinois le Cheval de Feu correspond à un élan de passion et d’énergie), placée sous le signe de l’enthousiasme, avec ou sans bonnes résolutions !

 

Annabelle Orszag,
Vétérinaire

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