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Retour à la pratique vétérinaire après une longue pause : comment retrouver ses marques sans s’épuiser ?

Retour à la pratique vétérinaire après une longue pause : comment retrouver ses marques sans s’épuiser ?

Crédit photo @ Nuva Frames - shutterstock.com
Que ce soit après un congé parental, un arrêt maladie de longue durée ou encore dans le cadre d’une reconversion, il arrive fréquemment de mettre sa carrière en pause. Chaque année, ce sont en moyenne 628 vétérinaires qui quittent le tableau de l’Ordre. Définitivement pour certains, temporairement pour les autres, qui ne raccrochent le stéthoscope que pour pouvoir mieux le retrouver plus tard. Avec la féminisation de la profession, le nombre de vétérinaires en omission volontaire pour des raisons liées à la maternité est en augmentation. Le sujet du retour au travail après une longue pause mérite donc qu’on lui accorde une attention particulière.

Retrouver la pratique après une période loin des clients et des patients ne s’improvise pas, et suscite naturellement quelques appréhensions. Comment vont m’accueillir mes collègues ? Vais-je retrouver ma place et mes habitudes ? Comment me montrer à la hauteur ? Enfin, comment réussir à concilier une situation personnelle qui a peut-être changé avec les exigences du métier ? Voyons point par point comment préparer sa reprise et tenir la cadence sans s’épuiser.

Le retour au travail se prépare en amont

Tout commence avec la date de reprise du travail : c’est elle qui marque la transition et qui permet de commencer à planifier son retour. Il est préférable d’avertir ses collègues le plus longtemps possible à l’avance, pour des raisons organisationnelles : prévoir des remplaçants pendant le temps nécessaire, adaptation des plannings des gardes et astreintes…

Remarque

En cas de congé parental, le salarié doit informer son employeur par lettre recommandée avec accusé de réception au moins un mois avant la fin du congé maternité ou d’adoption, ou bien deux mois avant la prise de congé si celui-ci ne débute pas immédiatement après le congé maternité ou d’adoption.

La période précédant la reprise est également le moment de faire le point sur ses besoins. Est-ce que je me sens capable de reprendre dans les mêmes conditions ? Est-ce que j’envisage une réduction du temps de travail, au moins dans un premier temps ?

Le passage à temps partiel peut se faire dans le cadre du congé parental. Il s’agit d’un congé de droit qui ne peut être refusé. En revanche, la répartition du temps de travail reste à l’initiative de l’employeur : il s’agit donc d’une discussion à prévoir en amont pour éviter toute déconvenue.

La reprise à temps partiel peut également s’effectuer pour motif thérapeutique, après un arrêt de travail prolongé. Le médecin traitant préconise une réduction du temps travaillé comprise entre 20 et 90 %, qui peut évoluer au fil du temps. L’employeur peut le refuser mais doit invoquer un motif légitime.

Enfin, toute demande particulière (modification du planning, changement dans la répartition des gardes…) doit elle aussi faire l’objet d’une discussion avec son employeur ou ses associés. Cela permet de valider que les modalités de reprise conviennent à tous et restent compatibles avec les besoins de la clinique.

Une fois ces éléments pris en compte, il devient possible d’organiser sa vie personnelle autour du travail : moyens de garde pour les enfants, plan de tire-allaitement pour les mères concernées… Loin d’être des détails, la planification et l’anticipation sont les garants d’une reprise sans accroche ni mauvaise surprise.

Pour une transition en douceur

C’est un fait : pendant notre absence, la clinique a continué à tourner. Les collègues se sont peut-être adaptés, en accueillant un remplaçant ou bien en faisant face à une surcharge de travail dans le cas contraire.

Quoi qu’il arrive, les dynamiques de travail ont changé et les liens entre collègues ont évolué, ce qui peut susciter une appréhension légitime au moment de la reprise. Il est judicieux de programmer rapidement un entretien professionnel, pour faire le point sur ce qu’il s’est passé pendant son absence et se mettre à jour sur d’éventuels nouveaux protocoles instaurés par la clinique. L’entretien est l’occasion d’exprimer ses inquiétudes, ses besoins, mais également de montrer sa motivation.

Remarque

Par ailleurs, une visite médicale de reprise est obligatoire pour les salariés après un congé maternité, ou après un arrêt de travail de longue durée (30 jours au moins si accident du travail, 60 jours au moins si accident ou maladie non professionnels). Cette visite doit avoir lieu dans les 8 jours calendaires à compter de la date de reprise. C’est à l’issue de cette visite que le médecin du travail déclare le salarié apte à travailler ou non.

Si l’arrêt a duré longtemps, il est possible de se sentir rouillé et d’éprouver une perte de confiance en ses connaissances et ses habiletés physiques. Pour que les premiers jours ne soient pas trop éprouvants, pourquoi ne pas demander un planning allégé ? Créneaux de consultation plus longs, consultations rassurantes en priorité (vaccins, affections courantes…), attendre quelques jours ou semaines de reprise avant de retrouver les gardes… Cette situation restant bien sûr temporaire, car, que l’on se rassure, les réflexes reviennent vite !

Enfin, si l’on appréhende les relations avec ses collègues (qui ont pu être débordés et en sous-effectif), on peut briser la glace avec une petite attention pour les membres de son équipe : pâtisseries, petit mot sympathique pour prendre des nouvelles de chacun… Ces gestes seront appréciés et peuvent participer à une ambiance détendue.

Se préparer à l’imprévisible

L’anticipation permet de réunir les meilleures conditions possibles pour une reprise sereine. Néanmoins, le métier vétérinaire reste par nature très sujet à l’imprévu : urgences, rendez-vous de dernière minute, chirurgie plus compliquée que prévu, demandes supplémentaires des propriétaires… Il est donc prudent de garder une certaine souplesse d’esprit et d’accepter que, malgré toute notre bonne volonté, les semaines de reprise puissent être chahutées.

Pour garder son calme et ne pas se laisser déborder, il est utile de savoir prioriser (cet examen complémentaire doit-il absolument être réalisé aujourd’hui ?) mais également demander de l’aide en cas de besoin. Quelqu’un est-il joignable à tout moment si je travaille seul ? Mes collègues accepteraient-ils de m’aider sur les cas difficiles ? Et si malgré tout, la panique commence à poindre le bout de son nez, il est toujours possible de prendre cinq minutes pour pratiquer la cohérence cardiaque (6 respirations par minute), à l’aide d’une application par exemple. Rares sont les consultations qui ne peuvent être différées de quelques minutes et prendre ce temps de pause précieux permet de réguler notre système nerveux très efficacement.

Suivre la cadence sur le long terme

Retrouver le travail après une longue pause suscite généralement de l’enthousiasme. On est heureux de reprendre un rythme, de retrouver sa patientèle ainsi que ses collègues. Le risque est peut-être de vouloir trop bien faire, en voulant prouver que l’on est parfaitement à la hauteur de la tâche. Après quelques semaines ou quelques mois de reprise, l’enjeu est de ne pas tomber dans le piège de l’épuisement professionnel.

Les jeunes parents, particulièrement, doivent affronter une véritable « deuxième journée » en rentrant à la maison. Les enfants en bas âge requièrent beaucoup d’attention, sans compter qu’ils se réveillent peut-être encore beaucoup la nuit. Le manque de sommeil, l’hypervigilance et les sur-sollicitations quotidiennes (dans le cadre professionnel tout comme personnel) sont des facteurs de risque de l’épuisement.

Pour sortir de cette spirale, il est nécessaire de savoir s’accorder de véritables sas de décompression. Pas un simple café avalé à la va-vite entre deux consultations ! De vrais moments pour souffler, que ce soit une journée ou une demi-journée de congé sans enfants chaque semaine, une activité sportive, un rendez-vous hebdomadaire avec des amis… Au risque de subir l’interminable enchaînement boulot-maison-dodo, particulièrement éprouvant.

Si en cours de route, on sent que le rythme n’est pas adapté, il ne faut pas hésiter à en discuter : avec ses proches pour se sentir soutenu et avec son équipe pour envisager des façons de rectifier le tir. Remettre ses besoins et sa santé au centre de ses priorités évite d’exploser en plein vol.


Ce qu’il faut retenir, c’est qu’une reprise du travail qui a été anticipée se passe généralement bien. Le métier ne s’oublie pas, et quelques jours ou semaines suffisent à retrouver ses marques. Le retour à la pratique peut se voir comme une période de transition : les aménagements éventuellement nécessaires ne sont ni définitifs, ni immuables et il n’est jamais trop tard pour modifier les plans initiaux. L’entraide et les échanges constructifs avec ses collègues seront particulièrement précieux pour bien vivre tous ces changements.

 

Astrid de Boissière, 
Vétérinaire  

 

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