Il est bien permis de rêver un peu, non ? Ce que l’on constate, c’est que lorsque les impératifs du métier vétérinaire rencontrent ceux de la vie familiale… cela coince un peu. Parfois beaucoup. Trouver une structure de garde qui propose des horaires adaptés aux contraintes de la profession semble relever de la science-fiction. Dans ce parcours du combattant, une idée, une utopie, presque, émerge : et si les vétérinaires et leurs assistants pouvaient bénéficier automatiquement de places en crèche d’entreprise ? N’est-ce qu’une idée fantaisiste ou est-il possible de tracer les contours de ce monde-là ?
Une demande réelle face aux nouveaux enjeux de parentalité
Aujourd’hui, rien n’oblige un employeur à proposer des places en crèche à ses salariés. Pourtant, 70 % des parents aimeraient que cela soit le cas. Et on les comprend : trouver une solution de garde pour son enfant est une procédure stressante car les places manquent cruellement.
Même en constituant un dossier plusieurs mois à l’avance, seules 19 % des familles obtiennent une place en crèche alors que 50 % en font la demande [1]. Face à ce secteur en tension, les salariés dont les entreprises proposent la réservation de berceaux se retrouvent nettement avantagés.
Dans la profession vétérinaire, qui connaît depuis plusieurs années une féminisation marquée, la question du mode de garde est loin d’être superflue. C’est elle qui conditionne très concrètement le retour au travail, et dans quelles conditions. Malgré une évolution, lente mais palpable, des mentalités, les femmes sont encore aujourd’hui celles sur lesquelles repose toute l’organisation liée aux enfants : soins, garde, logistique quotidienne… Ainsi, ce sont souvent elles qui réduisent leur temps de travail, voire font une pause dans leur carrière à l’arrivée des enfants, pas toujours par choix. Le manque de structures de garde accentue ce phénomène.
Par ailleurs, la parentalité fait face aujourd’hui à de nouveaux enjeux. Plus question de sacrifier les temps familiaux sur l’autel du travail : les jeunes générations de parents aspirent plus que jamais à un bon équilibre entre vie professionnelle et personnelle. Les crèches d’entreprise peuvent répondre à leurs besoins en assurant une solution de garde fiable, adaptée aux horaires vétérinaires atypiques et proche géographiquement. Un sujet qui devrait réveiller l’intérêt de l’employeur.
Des opportunités à saisir
Cela semble un peu trop idyllique sur le papier, et pourtant les avantages des crèches d’entreprise sont multiples, à la fois pour les salariés et l’employeur.
Pour le personnel vétérinaire salarié, pouvoir bénéficier d’une crèche d’entreprise est un passeport pour plus de sérénité. Les démarches sont rapides et simplifiées, ce qui enlève du stress et de l’incertitude. Financièrement, du fait de la participation de l’employeur, les frais de garde sont généralement avantageux et comparables avec ceux d’une crèche municipale.
La crèche est habituellement choisie pour sa proximité géographique avec le lieu de travail, avec des horaires compatibles, ce qui permet d’optimiser son temps et de favoriser un bon équilibre de vie. Enfin, vu que la question du mode de garde ne se pose plus avec la réservation d’un berceau, la crèche d’entreprise permet de lisser les inégalités hommes-femmes. La vétérinaire n’est donc plus nécessairement celle qui met sa carrière en pause, faute de solutions adaptées.
Côté employeur, il faut replacer le sujet dans le contexte du recrutement, en tension depuis plusieurs années, pour comprendre l’intérêt que les crèches d’entreprise pourraient représenter pour eux.
En effet, de nombreuses cliniques peinent encore à attirer des salariés et les arguments classiques (salaire, logement, localisation…) ne sont pas toujours suffisants. L’arrivée sur le marché du travail des jeunes vétérinaires se fait plus tardivement que dans d’autres professions, ce qui signifie que le sujet de la parentalité risque de les concerner dans les années qui vont suivre. Certains envisagent même de mener de front installation professionnelle et projet de famille. L’argument des places en crèche d’entreprise est donc particulièrement adapté à ces profils. Il s’agit d’un élément novateur, très différenciant, qui permet d’augmenter l’attractivité des cliniques qui recrutent. À la clé, l’employeur peut espérer augmenter le bien-être au travail de ses salariés, les fidéliser et limiter l’absentéisme.
Faire le choix de proposer un dispositif de parentalité en tant que clinique, c’est embrasser les aspirations de la jeune génération, qui place le bien-être au travail en tête de leurs priorités professionnelles. Alors, plus de temps à perdre ?
Du rêve à la pratique : quand la réalité nous rattrape
D’accord, la demande est présente, les avantages à la fois pour le salarié et l’employeur semblent connectés aux besoins de chacun… Mais voyons en détails ce qu’il se passe sur le terrain.
Pour l’instant, il n’y a pas grand-chose à déclarer. À notre connaissance, les crèches d’entreprise n’ont encore jamais été mises en place dans le milieu vétérinaire. Peut-être par héritage patriarcal, dans une profession qui a longtemps été dominée par les hommes. Ou bien la tâche semble-t-elle trop ardue (toujours plus d’administratif !) ou peu intéressante au vu des faibles effectifs salariés.
Néanmoins, des exemples existent au sein de TPE, même s’ils ne sont pas particulièrement médiatisés. Pour ces entreprises avec peu de salariés, la solution réside surtout en une approche mutualisée, via une crèche (ou réseau de crèches) inter-entreprises. Cette option permet de réduire les coûts pour chaque entreprise participante et de proposer des places même aux professionnels libéraux.
Des aides fiscales existent pour soutenir la démarche des entreprises, comme le Crédit d’Impôt Famille (CIF) on une déduction d’impôt sur les sociétés. Il est également possible de télécharger le guide complet « Crèches et Entreprises » sur le site de FFEC (Fédération Française des Entreprises de Crèches) afin d’étudier la faisabilité du projet.
Malheureusement, malgré un terrain favorable, il reste peu probable que les entreprises vétérinaires se saisissent du sujet des crèches à bras le corps dans un avenir très proche. Les petits effectifs salariés, la conjoncture économique et les autres postes de dépense déjà conséquents (matériel, charges…) ainsi que la culture française peu pensée pour faciliter la vie des parents sont autant de freins au changement. Les chaînes cliniques seront peut-être les premières à montrer l’exemple, en raison de leurs moyens supérieurs, mais elles feront face à d’autres défis, comme les inégalités territoriales inévitables. En attendant, il est toujours permis d’espérer un peu !
À ce stade, les crèches d’entreprise relèvent surtout de l’utopie, plutôt que d’un nouveau modèle prêt à s’imposer. Néanmoins, les questions que le sujet soulève, notamment sur la place accordée à la parentalité dans les structures vétérinaires, ne peuvent plus être ignorées. Reste à tracer une nouvelle voie, qui intègrerait les enjeux actuels : recrutement et conciliation entre vie professionnelle et personnelle.
Astrid de Boissière,
Vétérinaire
Ressources documentaires et bibliographiques :
-
[1] D. Malécot. Les crèches face à la réalité des chiffres. Les Echos. 2018 [Consulté le : 12 janvier 2026].
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